Et si les Etats-Unis ne pouvaient pas refermer comme prévu le dossier nommé «Irak»? Les récents attentats meurtriers qui ont frappé le pays (dont les derniers en date jeudi), ajoutés aux tensions perceptibles entre les communautés, commencent à inquiéter sérieusement les responsables à Washington. Il n’est encore nullement question de renoncer au calendrier de retrait établi par Barack Obama. Mais les modalités de ce retrait, concèdent aujourd’hui des membres de son administration, pourraient se révéler beaucoup plus compliquées qu’annoncé.

Vu de Washington, l’Irak est presque de l’histoire ancienne. Au plus haut niveau, seule une poignée de responsables s’occuperait encore de cette question, sous la houlette du vice-président Joseph Biden. Les énergies sont concentrées ailleurs, du côté de l’Afghanistan et du Pakistan. Selon le plan établi, toutes les forces «combattantes» américaines devraient avoir quitté l’Irak le 1er septembre. Ne resteront alors sur le terrain «que» 50 000 soldats, qui joueront avant tout le rôle de «conseillers», en contraste avec les 90 000 encore présents aujourd’hui.

C’est en mai 2003 que George Bush avait annoncé la «victoire» américaine et le succès de la démocratie en Irak. Sept ans plus tard, son successeur est moins catégorique. Mais son administration compte sur ces élections pour prouver, sinon que la démocratie irakienne a fleuri, que les semences ont été plantées. Cette évolution permettrait aux Etats-Unis de formuler enfin réellement le célèbre «mission accomplie» qui accompagnait le discours de Bush. L’enjeu est de taille pour le président: c’est la promesse de mettre fin à la guerre qui a grandement contribué à l’installer à la Maison-Blanche.

«Définir l’Irak de demain»

Il y a quelques jours, l’ambassadeur des Etats-Unis à Bagdad, Christopher Hill, se voulait tourné vers l’avenir lors d’un débat organisé par le Council on Foreign Relations. «Cette élection n’est pas importante parce qu’elle permettra notre retrait, mais parce qu’elle nous aidera à définir l’Irak de demain ainsi que notre relation à lui», commentait-il. Il insistait, en mettant en avant le rôle de ce pays en tant que point de rencontre entre chiites, sunnites et Kurdes: «C’est une position très importante. Et nous voulons que ces élections réussissent pour conserver ici des relations à long terme.»

Cette version officielle n’empêche pas certains membres de l’administration de s’alarmer devant l’idée que les élections de dimanche puissent déchaîner des violences ethniques comparables à celles qui ont prévalu à partir de 2004, après le cri de victoire de George Bush. D’ores et déjà, le vice-président Biden, qui a accompli de multiples voyages dans le pays afin de forcer les hommes politiques irakiens à trouver des compromis, a dévié un peu ces derniers jours de la doctrine présentée officiellement. «Nous n’allons pas laisser sur place que des cuisiniers ou des intendants», lâchait-il en référence aux milliers d’hommes qui resteront après le 1er septembre. Puis, sur le ton de la plaisanterie: «Le gros des troupes saura encore se servir d’un fusil et partir à la recherche des méchants (bad guys)