Comment finir une guerre sans la gagner, mais sans déshonneur? C'est ce qu'a tenté de faire Joe Biden jeudi, en justifiant la fin de vingt années d'intervention militaire en Afghanistan. Pour le président américain, pas de doute, les Etats-Unis, qui boucleront leur retrait «le 31 août», «ont atteint leurs objectifs» en Afghanistan.

A savoir: «Mettre la main sur les terroristes qui nous ont attaqué le 11 septembre», éliminer Oussama ben Laden et plus généralement «faire reculer la menace terroriste» pour que l'Afghanistan ne soit plus «une base d'où conduire des attaques contre les Etats-Unis».

Depuis plusieurs jours les annonces se succédaient sur le retrait rapide et à bas bruit des troupes américaines d'Afghanistan, mais aussi sur les offensives militaires des talibans, sans prise de parole solennelle du président démocrate. Jeudi, Joe Biden s'est finalement adressé aux Américains, depuis la Maison-Blanche, sur un ton très ferme, mais en se gardant de tout triomphalisme.

Joe Biden n'est pas dupe

Qu'on ne le prenne pas à commettre les mêmes erreurs qu'un George W. Bush trop sûr de lui à propos de la guerre en Irak, dès 2003. «Non, ce n'est pas "mission accomplie"», a assuré Joe Biden. Il avait en effet fallu attendre 2011 pour que les troupes américaines quittent l'Irak, laissant un pays en proie au chaos, berceau du groupe terroriste Etat islamique.

Lire aussi: L’Afghanistan à l’heure du retrait américain

Les autorités de Kaboul ont selon le président américain «la capacité» d'assurer la continuité du gouvernement, à condition de trouver la «cohésion» nécessaire. Joe Biden a aussi jugé «pas inévitable» que le pays tombe aux mains des talibans, même s'il ne pense pas moins que «la probabilité qu'il n'y aura qu'un gouvernement uni en Afghanistan contrôlant tout le pays est hautement invraisemblable».

Pressé de questions sur le sort qui attend les Afghans, Joe Biden, habituellement très empathique, n'a pas dévié de sa ligne. A la question: «Les Etats-Unis seront-ils responsables des vies de civils afghans qui pourraient être perdues après le retrait des troupes?», le président américain a répondu, en haussant le ton et en martelant son pupitre: «Non. Non, non, non. C'est aux Afghans de décider quel gouvernement ils veulent».

Le président afghan confiant

Le pays traverse «l'une des étapes les plus compliquées de la transition», avait affirmé plus tôt jeudi le président afghan Ashraf Ghani. Mais «le pays peut être contrôlé», a-t-il assuré dans un discours, confiant dans la capacité de son gouvernement à gérer la crise.

Jeudi, talibans et forces afghanes se sont affrontés pour le deuxième jour consécutif à Qala-i-Naw, capitale de la province de Badghis, dans le nord-ouest de l'Afghanistan. Le gouvernement afghan a envoyé par hélicoptère des centaines de groupes dans cette province pour contrer l'offensive talibane, la première contre une capitale provinciale depuis le début de la dernière phase du retrait des troupes américaines.

Lire notre reportage: Afghanistan, une paix les armes à la main

Les insurgés se sont emparés depuis mai de vastes portions rurales du territoire et rapprochés de plusieurs grandes villes. Et mercredi, ils sont entrés dans cette ville de d'environ 75 000 habitants. «Les talibans ont repris leurs attaques dans plusieurs parties de la ville», a indiqué à l'Agence France-Presse (AFP) Hessamuddin Shams, gouverneur de la province de Badghis, assurant cependant que «l'ennemi est en train d'être repoussé et s'enfuit.»