etats-unis

Le retrait définitif d’Irak agendé à fin 2011

Le président Barack Obama a annoncé que, le 1er janvier 2012, il n’y aurait plus de soldats américains sur sol irakien à l’exception des 150 militaires qui continueront de surveiller l’ambassade américaine à Bagdad

Près de neuf ans de guerre, des dépenses chiffrées à quelque 1000 milliards de dollars, 4400 GI morts au combat. Vendredi, le président Barack Obama a annoncé que, le 1er janvier 2012, il n’y aurait plus de soldats américains sur sol irakien à l’exception des 150 militaires qui continueront de surveiller l’ambassade américaine à Bagdad. «La guerre est terminée», a-t-il déclaré. Raison de ce retrait accéléré: Washington n’a pas réussi à trouver un accord avec le gouvernement irakien de Nouri al-Maliki pour maintenir plusieurs milliers de soldats américains après 2011 pour mener des opérations spéciales (lutte antiterroriste, soutien en matière de renseignement, etc.) et former les troupes irakiennes.

Il était question, cet été encore, de maintenir en Irak entre 3000 et 10 000 soldats américains au-delà de 2011. L’échec des négociations s’explique par le refus irakien d’accorder l’immunité aux soldats américains, une exigence non négociable, selon le secrétaire à la Défense, Leon Panetta.

Une demi-surprise

L’annonce faite par la Maison-Blanche intervient alors que l’armée américaine s’est progressivement désengagée de ses tâches sécuritaires en Irak, mettant un terme jeudi à la mission de sa division nord. Par le passé, les forces américaines avaient déjà transféré le contrôle de plusieurs régions du pays aux Irakiens. Ce retrait total est une demi-surprise. Il est en fait la conséquence de l’accord que l’administration Bush avait conclu en 2008 avec les autorités irakiennes. Mais il ne manque pas de poser des questions.

L’Irak est encore loin d’être stabilisé. Le Kurdistan irakien entretient des relations difficiles avec Bagdad et reste une région délétère. Ces derniers jours, la situation s’est aggravée en raison des opérations menées par l’armée turque au Kurdistan irakien contre les rebelles du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) jugés responsables de la mort de 24 personnes, mardi en Turquie. Des attentats à la bombe n’ont par ailleurs pas cessé de secouer Bagdad tout au long de l’année. Et puis la crise syrienne qui fait rage depuis plusieurs mois pourrait avoir des répercussions jusqu’à Bagdad si le régime du président syrien, Bachar el-Assad, devait chuter.

Paradoxalement, la décision de se retirer d’Irak intervient peu de temps après qu’un complot attribué à la brigade iranienne Al-Qods, une branche des Gardiens de la révolution, eut été déjoué par Washington. L’épisode a donné lieu à des commentaires particulièrement acerbes à l’égard de l’Iran, nouvel ennemi public numéro un de l’Amérique. Or la République islamique continue de tirer les ficelles du gouvernement irakien, dominé par les chiites du premier ministre, Nouri al-Maliki, décrit par certains comme une marionnette de Téhéran.

Priorité à «notre nation»

C’est manifestement une phase historique pour l’Amérique qui s’est engagée dans la guerre en Irak le 20 mars 2003 et qui a renversé le régime de Saddam Hussein le 9 avril de la même année. Pour Barack Obama, Bagdad et Washington entretiendront des relations «normales entre Etats souverains […] s’inscrivant dans un partenariat se basant sur des intérêts et un respect mutuels».

Les responsables militaires américains soulignent qu’un soutien américain à la formation des troupes irakiennes n’est pas définitivement abandonné et que des discussions vont se poursuivre de façon informelle. L’hypothèse semble cependant peu probable. Si la question de l’immunité des GI semble avoir été déterminante pour décider du retrait définitif, le contexte politique et économique des Etats-Unis paraît avoir pesé bien davantage. Le retrait présente plusieurs avantages: il prouve que le président tient ses promesses. Il lui permet surtout de réduire sensiblement les coûts de la guerre alors que le pays est miné par une dette de 14 300 milliards de dollars et que son engagement en Afghanistan n’est pas achevé. L’enjeu est considérable. Le président démocrate est déjà en campagne pour la présidentielle de novembre 2012. Mais il n’a jamais été aussi impopulaire. Plus de 50% des Américains estiment qu’il ne mérite pas d’être réélu. L’économie, dont on dit qu’elle ne sortira pas du marasme avant l’élection, restera un facteur décisif. Barack Obama en est conscient: «Après une décennie de guerre, la nation que nous avons besoin de construire et que nous allons construire, c’est la nôtre.»

Publicité