Le Temps: Quelle est votre réaction à chaud à la décision communiquée jeudi soir par le président américain Donald Trump de retirer les Etats-Unis de l’Accord de Paris sur le climat?

Deon Terblanche: De toute évidence, c’est une décision qui nous préoccupe. Le problème climatique requiert un effort global. Quand un pays décide de se retirer d’un tel accord, c’est forcément une source d’inquiétude. Mais l’annonce faite jeudi soir est complexe et nécessite encore quelques éclaircissements. Ce que l’on sait, c’est qu’il faudra plusieurs années (3) pour que les Etats-Unis puissent se retirer de l’Accord de Paris. Par ailleurs, le président américain semble avoir laissé entendre qu’il souhaitait rester impliqué. Il est dès lors difficile à ce stade de quantifier l’impact réel qu’aura cette décision sur le climat. Evoquer le scénario du pire découlant de cette décision, une augmentation de 0,3 degré Celsius d’ici à la fin du siècle, n’est pas très utile. Cela a plutôt un côté sensationnaliste.

- Ce qui vous semble davantage important, c’est l’évolution à venir des émissions de gaz à effet de serre des Etats-Unis. Que peut-on en dire?

- On ne peut donner aucune réponse à ce stade. Ces émissions pourraient baisser ou augmenter. On ne le sait pas. Il importera de voir l’impact sur les autres pays et leur niveau d’émissions de CO2. A cet égard, nous constatons que plusieurs pays se mettent ensemble et prennent des engagements plus importants encore pour réduire leurs émissions. En ce qui concerne l’Organisation mondiale de la météorologie, nous allons continuer à fournir des données scientifiques pour que la prise de décision puisse se faire en toute connaissance de cause et de la façon la mieux informée.

- Sera-t-il néanmoins plus difficile d’atteindre l’objectif de 2 degrés Celsius d’augmentation de la température par rapport à l’ère préindustrielle?

- Le climat a une mémoire à très long terme. Nous avons un capital avec lequel nous pouvons travailler. Mais je crois que nous n’avons pas le choix: tout le monde doit contribuer à réduire les émissions de CO2.

- Craigniez-vous un effet domino après la décision américaine?

- C’est une possibilité. Cela peut aller dans deux directions opposées. Mais la décision américaine peut aussi inspirer d’autres pays, d’autres Etats, d’autres villes et communautés locales à en faire davantage en faveur du climat. A priori, on constate plutôt une vraie volonté d’agir sur le plan des communautés locales et des Etats, notamment aux Etats-Unis. Il ne faut pas l’oublier. Il y a l’Accord de Paris et il y a le travail qui est fait sur le terrain. C’est ce dernier qui permet en fin de compte de faire la différence. Tout ne converge pas toujours dans la même direction au même moment.

- Comment jugez-vous la politique climatique de l’ex-président Barack Obama?

- Elle était très positive. Les Etats-Unis ont d’ailleurs toujours joué un rôle majeur dans la science, mais aussi pour assurer un leadership global.