Brexit

«La réunification de l’Irlande est pour la première fois d’actualité»

Le député du Sinn Féin Mickey Brady voit dans le Brexit une opportunité pour faire avancer la réunification de l’Irlande

Mickey Brady a été réélu lors des élections générales du 8 juin dernier comme député pour la circonscription de Newry et d’Armagh. En accord avec la politique de son parti, le Sinn Féin (républicain), il n’occupera pas son siège à Westminster.

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Le Temps: Le Brexit implique-t-il nécessairement le rétablissement d’une frontière?

Mickey Brady: La frontière n’est pas envisageable. Elle nuirait profondément à l’économie irlandaise dans son ensemble et enclaverait l’Irlande du Nord, qui est déjà l’une des régions les plus pauvres du Royaume-Uni. Songeons qu’aujourd’hui, la plupart des infrastructures et des programmes de réconciliation entre les communautés sont largement financés par l’Union européenne. Londres n’a pas les moyens de prendre le relais. Aucune frontière ne doit partager l’Irlande. Le seul Brexit que nous voulons, c’est celui d’avec la Grande-Bretagne.

– Impossible de revenir sur le résultat du référendum. Que proposez-vous?

– La solution doit être un statut spécial pour l’Irlande du Nord. Les contrôles douaniers auraient lieu entre l’Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni. Ce serait à la fois plus simple et plus logique, car l’intégration entre les deux entités irlandaises est indissoluble.

– Les unionistes considèrent cela comme un pas inacceptable vers la réunification de l’Irlande…

– Oui, c’est l’étape initiale vers une réunification. Nous avons toujours eu ce rêve, il est au cœur de notre programme politique et, pour la première fois de ma vie, j’ai le bonheur de constater que ce thème s’impose dans le débat politique. Le Brexit aura au moins permis cela.

– Comment tenez-vous compte de la majorité de Nord-Irlandais qui sont opposés à ce projet?

– A nous de les convaincre peu à peu. Il ne s’agit pas d’intégrer la République d’Irlande, mais de créer un nouvel Etat, plus juste, plus inclusif, où les protestants auront aussi leur place.

– A quel horizon?

– Ce sera un long processus, vingt ans peut-être. Le Sinn Féin devient à chaque élection plus fort. L’écart entre nous et le Parti unioniste démocrate (DUP – plus grand parti d’Irlande du Nord) s’est réduit aux dernières élections.

– En concluant un accord avec votre rivale Arlene Foster, leader du DUP, Theresa May n’affaiblit-elle pas la position du Sinn Féin?

– Cette entente fera long feu. Arlene Foster est créationniste et totalement réactionnaire. Elle pense que les dinosaures n’ont jamais existé. Lorsque les Britanniques connaîtront ses positions contre les homosexuels, ils demanderont à Theresa May de couper les liens avec le DUP. En un sens, le Brexit a révélé que les Britanniques ne faisaient pas grand cas de l’Irlande du Nord, ils ignoraient tout de nous et d’Arlene Foster. Ils ont voté sans imaginer les conséquences que leur choix représentait ici.

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