revue de presse

Le réveil des démons hongrois

Le retour de la droite au pouvoir à Budapest inquiète moins la presse internationale que la montée en force du Jobbik, un parti raciste, qui contribue largement à l’effondrement des socialistes

Après huit ans d’opposition, le conservateur Viktor Orbán, fort d’une majorité absolue de plus de 52% des voix au premier tour des élections législatives de dimanche en Hongrie et adoubé «représentant de la colère populaire» par le Financial Times Deutschland, pourrait atteindre au second la majorité des deux tiers au parlement. Mais la marge de manœuvre économique de son parti, le Fidesz, resterait étroite. Se gardant de rendre public un programme précis ou «de frayer avec les extrémistes», indique le New York Times, celui qui fut déjà Premier ministre entre 1998 et 2002, a demandé un mois de patience pour y voir «clair dans les finances du pays». Il a cependant annoncé lundi qu’il était «très conservateur financièrement parlant», et optait pour «réduire le déficit».

Large victoire du Fidesz et percée du Jobbik, à l’extrême droite: les résultats sont à peu près conformes à la projection qu’en donnaient les sondages, relève Courrier international, qui a compilé la presse hongroise. «Si les droites font un triomphe», selon la formule de Die Welt, «la principale surprise ne vient pas de la cuisante défaite des socialistes», «mais de la percée d’un parti vert qui veut faire de la politique autrement».

Le quotidien du parti vainqueur, Magyar Hírlap, salue naturellement la «déferlante», et le Magyar Nemzet, également proche du Fidesz, est du même avis: «Un vote historique!» s’exclame-t-il, avant de pousser la comparaison assez loin: «Son importance égale celle de la chute du régime communiste. Aucun parti n’a obtenu un tel score depuis qu’il existe des élections libres et démocratiques en Hongrie. […] Nous sommes à la fin d’une époque. Le succès électoral du Jobbik [près de 17%] en est un autre signe. Celui-ci surfe sur la rage, l’exaspération et les problèmes non résolus de ces dernières décennies. Il incombera au nouveau gouvernement de stopper l’avancée des radicaux en restaurant l’autorité de l’Etat. Mais, attention», avertit le journal: «L’Histoire n’est pas terminée. Nous nous sommes donné une chance de recommencer après tant de déceptions. Ne la gâchons pas!»

Le quotidien Népszabadság, proche des socialistes [19,3% des suffrages], minimise pour sa part la victoire du Fidesz, tout en pensant qu’elle représente «une chance» aussi bien pour le pays que pour les socialistes: «C’est une force convaincante, dans un Parlement qui retrouve sa dignité. Le pays a désormais non seulement un gouvernement mais aussi une majorité qui pourront traiter les problèmes du pays.» Et le journal de saluer également l’arrivée du jeune mouvement LMP (Politique Autrement), qui, avec 7,8%, fait un score très honorable, même s’il n’est «pas facile de faire de la politique «autrement» en Hongrie», explique le site Hu-lala, «L’actu hongroise est plus piquante en français». Avant de souhaiter bon vent au Fidesz, en rappelant tout de même que, «si la patrie ne peut pas être dans l’opposition [c’était leur slogan], ceux qui sont dans l’opposition font également partie de la patrie».

«Depuis la chute du communisme, personne n’avait disposé d’autant de pouvoir en Hongrie que Viktor Orbán», confirme la Pravda slovaque, traduite par Eurotopics: «Tout a fondamentalement changé. […] Les Hongrois se sont réveillés à Orbánland.» Alors que le quotidien progressiste italien de gauche La Repubblica s’inquiète, lui, de la poussée du Jobbik: le parti de Gábor Vona «ne cache pas le moins du monde ses penchants racistes et ses liens étroits avec des organisations paramilitaires […]. Il a surtout profité des nouvelles tensions ethniques avec la Slovaquie voisine et de la nouvelle insatisfaction qui a saisi le pays, après que celui-ci n’a pu être sauvé de la faillite à l’automne 2008 que grâce à des aides de l’UE et du Fonds monétaire international.» De plus, la Hongrie «a accumulé les retards en matière de réformes structurelles – santé et éducation notamment», déplore Le Monde.

Elle avait «frôlé la banqueroute au plus fort de la crise», rappelle opportunément Le Nouvel Observateur. Dans ce contexte, beaucoup ont «préféré croire aux promesses de Vona». Le Jobbik «récolte l’amertume des déçus de tout», résume Komment.hula page d’opinion de Origo.hu, le plus grand webzine hongrois, cité et traduit par Presseurop. Ce que Vona dit fait «frémir», avertit La Croix: il se vante du fait qu’il n’y a «pas de rabbin parmi ses amis» – largement de quoi «inquiéter les Juifs de Hongrie», écrit le Jerusalem Post – il veut «purger complètement la vie politique» et s’attaque aux «multinationales qui ont corrompu les hommes politiques». Ainsi qu’à la «criminalité rom», commente le Times de Londres. Tout ce que le Financial Times appelle «les démons hongrois». Le pays a «viré», selon l’éditorial d’El País.

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