Un ancien général de la police ukrainienne a reconnu avoir participé à l’enlèvement et à l’assassinat en 2000 du journaliste d’opposition Guéorgui Gongadzé et désigné de hauts responsables de l’Etat parmi les commanditaires, a annoncé mercredi le Service de sécurité ukrainien.

Présenté par les enquêteurs comme le principal suspect, Olexy Poukatch, qui a été arrêté mardi soir, «a confirmé son implication dans ce crime», a déclaré le chef adjoint du SBU (ex-KGB), Vassyl Grytsak, lors d’une conférence de presse. Alors qu’on lui demandait si l’ancien général avait avoué avoir directement participé au meurtre, M. Grytsak a répondu par l’affirmative. «Oui», a-t-il dit.

A la question «A-t-il nommé des commanditaires et de hauts responsables de l’Etat ukrainien figurent-il parmi eux?», M. Grytsak a répondu dans les deux cas : «Oui». «Certains d’eux sont déjà morts», a ajouté M. Grytsak, en refusant de donner des noms.

Selon M. Grytsak, l’ancien général n’a pas opposé de résistance lors de son arrestation mardi dans la région de Jitomir (nord) et a dit aux agents du SBU : «Je vous attendais depuis le début».

Le suspect a aussi, selon le SBU, promis de montrer où se trouvait la tête du défunt, qui n’a jamais été retrouvée.

Un meurtre commandité et exécuté au plus haut niveau

Le SBU a diffusé une courte vidéo montrant un homme bronzé et corpulent, à la barbe grise, allongé par terre, les poignets menottés.

Il s’est identifié devant le caméra comme «Olexy Petrovitch Poukatch». Alors qu’un agent du SBU lui demandait «quel rapport il avait avec l’affaire Gongadzé», l’homme, vêtu d’un débardeur gris et d’un pantalon bleu, a répondu : «Direct».

Le général Poukatch, qui dirigeait le département des recherches criminelles au ministère de l’Intérieur, est soupçonné d’avoir organisé la filature du journaliste et dirigé un groupe d’officiers de police qui ont enlevé Guéorgui Gongadzé le 16 septembre 2000.

M. Poukatch aurait étranglé personnellement la victime, âgée de 31 ans, dont le corps a été découvert par la suite dans une forêt à une centaine de kilomètres de Kiev.

Il avait été interpellé une première fois en 2003 puis relâché. Deux ans plus tard, il avait été mis en accusation pour le meurtre du journaliste. Depuis, il était introuvable.

La disparition du directeur du quotidien en ligne Ukraïnska Pravda, critique à l’égard du pouvoir de l’époque, avait fait scandale dans cette ancienne république soviétique et créé les prémises de la Révolution orange, le soulèvement populaire pro-démocratique de 2004.