Etats-Unis

Ce que révèle la démission de Michael Flynn

Le départ du conseiller à la sécurité nationale traduit des tensions et une lutte de pouvoir dans l’entourage du président des Etats-Unis. Il relance les enquêtes sur l’ingérence russe dans la présidentielle américaine

L’affaire provoque un séisme politique. La démission, lundi soir, de Michael Flynn, conseiller à la sécurité nationale du président Donald Trump, laissera des traces. Elle intervient avant la rencontre, très attendue ce mercredi, entre le président des Etats-Unis et le chef du gouvernement israélien, Benyamin Netanyahou, et relance le dossier de l’ingérence russe dans la présidentielle américaine. Surtout, elle révèle de premières tensions au sein du cabinet Trump et des failles dans l’apparente unité de son entourage. Avec une question, essentielle: à qui profite le départ de Michael Flynn? Les regards se tournent déjà vers l’omniprésent et intriguant Stephen Bannon, conseiller stratégique du président.

Contacts avec l’ambassadeur russe

Michael Flynn a été poussé à la démission lundi soir, quelques jours après son entrée officielle en fonctions. En cause: des révélations du Washington Post et du New York Times sur des contacts avec Sergey Kislyak, l’ambassadeur russe en poste à Washington, pendant la période de transition. Michael Flynn aurait cherché à «rassurer» le diplomate russe, en lui disant que les représailles annoncées par Barack Obama contre Moscou ne seraient probablement jamais appliquées. Ces contacts sont survenus après la réaction de Barack Obama au rapport de la CIA qui laissait entendre que l’ingérence russe dans la présidentielle américaine avait pour but de faire élire Donald Trump.

Lire aussi: Ingérence russe: Barack Obama évoque des représailles

Michael Flynn a dans un premier temps nié avoir parlé des sanctions. Cette attitude a tout autant embarrassé Donald Trump et ses conseillers que le contenu même des échanges avec l’ambassadeur russe. Reste que le département de la Justice américain avait averti il y a plusieurs semaines déjà la Maison-Blanche que cette «erreur» du conseiller à la sécurité nationale le rendait plus vulnérable à une tentative de chantage russe.

«Trompé par inadvertance»

Dans sa lettre de démission, Michael Flynn reconnaît avoir «par inadvertance trompé le vice-président élu (Mike Pence) et d’autres personnes avec des informations incomplètes sur ses discussions téléphoniques avec l’ambassadeur de Russie». Il présente ses excuses au président et au vice-président. Pendant tout le week-end et la journée de lundi, les porte-parole de Donald Trump restaient évasifs quant au soutien que le président américain apportait à Michael Flynn. Ce qui laissait déjà augurer de son proche départ. La Maison-Blanche a finalement déclaré dans la nuit de lundi avoir «accepté la démission». Le Kremlin a de son côté réagi mardi en soulignant que ce départ portait un coup dur aux relations russo-américaines.

Au Congrès, des voix s’élèvent pour exiger des investigations approfondies sur la nature exacte des relations entre Michael Flynn et Moscou. Il s’agit notamment de déterminer s’il a agi ainsi de sa propre initiative. Pour le sénateur républicain John McCain, «la démission du général Flynn est une indication troublante du dysfonctionnement actuel de l’appareil de sécurité nationale». Au moins quatre commissions parlementaires enquêtent déjà sur les interférences russes, ainsi que sur les liens entre l’entourage de Donald Trump et Moscou. Paul Manafort, l’ancien directeur de campagne de Donald Trump, est notamment visé.

Le pouvoir de Stephen Bannon

Personnage controversé, Michael Flynn ne s’est pas fait que des amis. Sa nomination, déjà, avait provoqué des remous: il est connu pour son style de management impulsif et agressif, et sa crainte de l’islam. Pendant la campagne présidentielle, l’ancien général n’a pas hésité à déclarer qu’Hillary Clinton avait sa place en prison. ll a été jusqu’à relayer, sur les réseaux sociaux, tout comme son fils, des accusations graves d’une supposée implication de la candidate démocrate dans une affaire de pédophilie.

En 2014, Michael Flynn avait été poussé à la préretraite alors qu’il dirigeait depuis deux ans l’Agence pour le renseignement militaire (DIA). Dans des e-mails piratés, mais dont il a confirmé l’authenticité, l’ancien Secrétaire d’Etat Colin Powell, avait alors eu des propos très durs à son égard: «J’ai demandé pourquoi Flynn a été licencié. Abusif avec son équipe, pas à l’écoute, jouant contre son camp, mauvaise gestion, etc. Il était, et est resté depuis, un cinglé de droite.»

Selon plusieurs observateurs, le départ de Michael Flynn profiterait avant tout à Stephen Bannon, qui prend toujours plus de pouvoir au sein de l’équipe de Donald Trump. Ancien directeur de Breitbart News, média qui divulgue des thèses extrémistes, complotistes et suprémacistes, Stephen Bannon a réussi à devenir membre du Conseil national de sécurité de Donald Trump, alors qu’il n’est que son conseiller stratégique. Il y régnerait en maître et aurait même imposé de ne pas laisser de traces écrites des séances.

Lire aussi: Stephen Bannon, le Dark Vador de la Maison Blanche

Selon un agent des renseignements cité par Slate, Stephen Bannon «dirige une cabale, presque un Conseil national de sécurité fantôme». L’agent affirme que Michael Flynn avait «voix au chapitre» au Conseil, mais qu’il était «éclipsé par Stephen Bannon». Des décrets seraient même préparés et signés par le président sans que les personnes responsables soient consultées. Le New York Times a par exemple rapporté que le ministre de l’intérieur John Kelly n’aurait été informé du contenu exact du décret anti-immigration actuellement gelé qu’au moment où Donald Trump était en train de le signer.

C’est Stephen Bannon, décrit comme un proche de Michael Flynn, qui l’aurait conseillé de donner sa démission. Paul Ryan, le président de la Chambre des représentants, a devant la presse affirmé mardi que «le président des Etats-Unis a eu raison de lui demander de démissionner», ce qui sous-entend clairement qu’il a été poussé vers la porte de sortie.

La fonction de conseiller à la sécurité nationale est désormais occupée, par intérim, par le général à la retraite Joseph Kellogg. David Petraeus, ex-directeur de la CIA, est un des papables pressenti pour succéder à Michael Flynn.

Publicité