La crise kirghize «ne sera pas résolue par la force», a promis mardi soir le président Askar Akaïev, confronté au soulèvement du sud de son pays, une ancienne république soviétique d'Asie centrale. «Tous les problèmes apparus doivent être réglés par la voie politique, par des discussions», a-t-il assuré dans un discours à la télévision. Alors qu'il a de facto perdu le contrôle du sud du Kirghizistan, rallié depuis deux jours à des «gouvernements populaires», Askar Akaïev, au pouvoir depuis 1990, a toutefois exclu de démissionner.

«Les structures du pouvoir n'ont pas le droit de faire preuve de faiblesse lorsqu'elles sont confrontées à des révolutions colorées […] qui sont en fait des coups d'Etat financés depuis l'étranger», a-t-il lancé devant le parlement, récemment élu au prix de fraudes massives. Plusieurs milliers de personnes ont également été priées de manifester mardi en sa faveur au centre de la capitale, Bichkek, signe qu'il ne songe pas à abandonner le pouvoir.

«Askar Akaïev n'a plus guère de forces à son service pour contrôler le pays, se rassurait hier l'opposant Guiaz Tokombaïev, leader du Parti républicain. A Bichkek même, des policiers m'ont demandé quand nous allions enfin monter sur la capitale, parce qu'ils sont cantonnés depuis trois jours dans leur caserne et mal nourris.» Le seul facteur qui pourrait encore faire échouer la révolution kirghize serait une ingérence ou des provocations des pays proches, Ouzbékistan, Tadjikistan, Kazakhstan, Chine ou Russie, qui ont de bonnes raisons de s'inquiéter d'une nouvelle révolution démocratique dans leur voisinage, observent les opposants kirghiz.

«Pour cela, les Etats-Unis ou l'Union européenne doivent exercer leur influence sur nos voisins, pour qu'ils ne se mêlent pas de cette histoire», implore Guiaz Tokombaïev. Un autre leader de l'opposition, Kourmanbek Bakiev, s'est adressé hier au président russe, Vladimir Poutine, pour lui dire qu'une attitude «objective» de la Russie serait très appréciée.

La police «ne tirera pas»

«L'armée et la police kirghizes ne sont plus capables de défendre par la force le régime Akaïev, estimait hier Valeri Ouleïev, responsable d'un mouvement de défense des droits de l'homme à Jalal-Abad, une des villes tenue par l'opposition. La police est faible, mal équipée, payée avec des salaires de misère, très corrompue… Nos hommes ne tireront pas sur la foule. Cette époque est révolue. Ils passeront plutôt du côté du peuple, comme ils l'ont fait dans le sud. Même si on ne peut pas encore exclure qu'il y ait des violences, ce serait aussi la fin du régime.» Selon ce militant, il est peu probable qu'Akaïev appelle ses voisins à son secours: «Jamais Akaïev ne s'adressera à l'Ouzbékistan car, pour sauvegarder son pouvoir, il perdrait sa souveraineté.»

A Och et à Jalal-Abad, les deux grandes villes du sud tenues depuis lundi par l'opposition, la situation était décrite hier comme calme: un pouvoir dit «populaire» s'est mis en place et semblait avoir réussi à y rétablir l'ordre. En attendant de porter la révolution jusqu'à Bichkek.