C’est avec une très large majorité que le Parlement sud-coréen a voté vendredi la destitution de la première présidente du pays Park Geun-Hye. Si sa mise à l’écart suit un processus institutionnel, les Sud-Coréens évoquent de plus en plus une révolution, la révolution des bougies.

«Les Sud-Coréens écrivent un nouveau chapitre de leur histoire aujourd’hui, a ainsi réagi à l’issue du vote l’ancien dirigeant du Parti démocratique de Corée, Moo Jae-in. La destitution de Park par le Parlement est le début d’une grande révolution civile des bougies qui va conduire notre pays vers un meilleur avenir.»

Conservateurs divisés

L’ampleur du désaveu vis-à-vis d’une femme qui avait affirmé, lors de son élection, qu’elle était «mariée à la nation» ne peut s’expliquer que par le retournement d’un large segment des parlementaires issu de son propre parti conservateur, le Saenuri, en particulier les plus jeunes. Ils l’ont fait sous la pression populaire dans une ambiance qui risquait de devenir insurrectionnelle en cas de reculade du Parlement.

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Les trois partis d’opposition qui sont à l’origine de la motion de censure pour corruption et abus de pouvoir ont eux aussi longtemps hésité avant de prendre le risque d’un désaveu, une majorité des deux tiers étant nécessaire. Mais là encore, l’importance des manifestations, les a convaincu d’aller de l’avant.

Présidente sous influence

La colère des Sud-Coréens est en effet aller crescendo depuis les premières révélations, fin octobre, des relations pour le moins problématiques de Park Geun-Hye avec sa conseillère de l’ombre, Choi Soon-sil: trafic d’influence, intervention sur la nomination de membre du gouvernement, relecture des discours, les interventions de la fille de l’ancien gourou de Park Geun-Hye, un prêtre évangéliste, ont mis à jour une présidente sous influence, y compris sur le plan politique.

Le 29 octobre, une première manifestation rassemblait 30 000 personnes à Séoul, sans affiliation politique. Après des premières excuses de la présidente et un remaniement ministériel, une deuxième manifestation, le 5 novembre, rassemble cette fois-ci 200 000 personnes, toujours sans l’intervention des partis d’opposition. Alors que de nouveaux détails sont diffusés dans le cadre de l’enquête qui vise désormais Choi Soon-sil, ce sont un million de personnes qui se rassemblent au cœur de Séoul le 12 novembre. C’est la plus grosse manifestation depuis l’avènement de la démocratie au début des années 1980.

L’opposition entre en scène

C’est à partir de ce moment que l’opposition va entrer en scène pour s’associer à la rue et demander des comptes à la présidente afin qu’elle se soumette à la justice. Le 19 novembre, on dénombre 900 000 personnes dans soixante villes du pays pour demander son départ. A la veille d’une cinquième manifestation, le 26 novembre, les trois partis d’opposition se mettent d’accord pour évoquer un départ de Park Geun-Hye, qui s’accroche toujours au pouvoir: à travers tout le pays, 1,9 million de personnes suivent le mouvement. C’est le point de non-retour. Le Saenuri, divisé en deux factions, se scinde. Se dessine alors la possibilité d’une motion de censure.

La décision du Parlement de démettre Park Geun-Hye doit encore être validée par la Cour constitutionnelle dont les neuf membres sont en majorité proche de son parti. Celle-ci a toutefois aussitôt annoncé qu’elle se saisirait du dossier dès la semaine prochaine. Elle a en théorie jusqu’à six mois pour statuer. Mais là encore, la «révolution des bougies» devrait exercer son influence pour accélérer le mouvement. La destitution une fois confirmée, des élections seront organisées dans les 60 jours. Aucun parti n’y est pour l’heure préparé.