Italie

«La révolution libérale n’a pas eu lieu»

Dario Troiano, coordinateur de Futur et Liberté, fait partie des déçus du berlusconisme. Mais reconnaît des qualités au Cavaliere

Dario Troiano est coordinateur de Futur et Liberté (le mouvement de Gianfranco Fini) pour la ville de Turin, la seule (avec Venise) à être ancrée à gauche dans le nord de l’Italie. Il livre son analyse sur l’émergence d’un troisième pôle pour sortir du berlusconisme.

Le Temps: Le mouvement Futur et Liberté a vu le jour récemment. Vous appartenez au centre droit, pourquoi vous êtes-vous séparés du Peuple de la liberté de Berlusconi?

Dario Troiano: Futur et Liberté est né de la déception engendrée par Silvio Berlusconi. En 1997, j’avais pourtant cru à la révolution libérale que le Cavaliere annonçait. Avant l’éclatement des partis à la suite du scandale de Tangentopoli (scandale de corruption à large échelle en 1992), les deux blocs qui s’opposaient, la Démocratie chrétienne et la gauche, n’avaient jamais permis l’émergence d’un vrai libéralisme. Dès 1993, avec la disparition de la DC et du Parti socialiste italien, Silvio Berlusconi a rempli un vide et s’est d’emblée présenté comme l’entrepreneur qui allait réformer l’Italie. Aujourd’hui, cette révolution libérale est restée lettre morte. Heureusement que le ministre de l’Economie, Giulio Tremonti, a tenu la baraque. Sans quoi l’Italie serait encore plus mal lotie.

– Qu’attendez-vous des motions de censure qui seront votées mardi?

– Le 14 décembre est une date importante. Mais il ne faut pas exagérer non plus. Nous n’allons pas vivre une apocalypse. Le parlement va commettre un acte technique. Il reste que si nous ne sommes pas la Grèce, ni le Portugal, nous sommes un pays à risque sur le plan financier.

– Le troisième pôle que vous souhaitez créer avec les centristes de l’UDC et de la mouvance de Francesco Rutelli a-t-il une chance de s’imposer si le gouvernement Berlusconi chute?

– Notre mouvement a pour objectif de dépasser ces luttes politiciennes et de redonner espoir à l’Italie en misant sur un retour à l’Etat de droit, à la légalité, au respect des institutions. Pour nous, ce ne sont plus les partis qui doivent décider de qui va représenter le peuple au parlement. Cette mission doit incomber aux citoyens. C’est pourquoi un changement de l’actuelle loi électorale est indispensable. C’est précisément cette loi qui risque d’être un vrai obstacle pour le troisième pôle.

– Si Berlusconi devait chuter, c’est la fin d’une ère qui aura marqué l’Italie…

– Quoi qu’il arrive mardi, Silvio Berlusconi aura été une figure importante dans le pays. Il a consacré ce qu’on appelle en Italie le leaderismo, le culte du chef de parti. Mais il s’est aussi dévoyé au travers de multiples vicissitudes, les escort girls, le coup de fil qu’il a passé à la police après l’arrestation d’une mineure qu’il prétendait être la nièce du président égyptien Moubarak. Il a aussi souffert du syndrome du dictateur qui n’a pas besoin de conseillers autour de lui, si ce n’est un bras droit béni-oui-oui à l’image de Starace à l’époque de Mussolini.

– Fortement critiqué, pourquoi le Cavaliere a-t-il alors autant convaincu les Italiens?

– Quand ils sont confrontés à des problèmes, les Italiens ont besoin de déléguer la tâche de les en sortir à un démiurge qui les réglera pour eux. Ils ont besoin d’un homme fort. Mais là aussi, les choses peuvent vite changer. Mussolini était le patron de l’Italie et quelques semaines plus tard il était pendu.

– La force de Berlusconi?

– Il aura été un grand communicateur. La gauche n’aurait d’ailleurs jamais dû s’aventurer sur ce terrain-là. Elle partait perdante. Il a compris qu’on entrait dans une ère nouvelle, que si on ne passe pas à la télévision, on n’existe pas. Il a eu le talent de communiquer à des électorats potentiels différents en ciblant les programmes des chaînes de télévision qui lui appartiennent.

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