Le Référendum d’initiative citoyenne (RIC) débarque aux portes du pays de la démocratie directe. A partir de 13h ce samedi, la commune haut-savoyarde de Douvaine, sur les bords du Léman, accueille son premier «atelier constituant» consacré au RIC, dont les «gilets jaunes» ont fait l’une de leurs revendications phares. Un RIC que 79% des Français interrogés «soutiennent», selon un sondage effectué en janvier par l’institut Opinion Way. Un RIC qui arrive en tête dans les «cahiers de doléances» remplis au fil des réunions du «grand débat national» qui s’achève ces jours-ci en France.

Pas question, toutefois, pour ses partisans, de se laisser berner par des propositions référendaires diluées, éloignées de «ce séisme institutionnel» que vient expliquer ce samedi à Douvaine Etienne Chouard, l’un de ses principaux théoriciens. «Les élus savent que le RIC dans sa version originale est une bombe atomique car ils perdront l’essentiel de leurs pouvoirs», explique au Temps cet enseignant en droit et en économie à Marseille.

«La mutation se passe dans les têtes»

Sur les bords du Léman aujourd’hui, l’intéressé répétera l’exercice auquel il se livre plusieurs fois par semaine lors des «ateliers constituants». Il prendra un crayon, demandera aux personnes présentes de se munir de l’actuelle Constitution française de 1958 (ils sont priés de l’apporter), puis leur proposera de l’amender ensemble, pour en réécrire les articles. Une démonstration publique de souveraineté populaire. «J’en fais depuis dix ans, poursuit-il, et vous ne vous imaginez pas à quel point c’est enthousiasmant. La mutation se passe dans les têtes. Quand ils se rendent compte qu’ils sont capables d’écrire un article de la Constitution, les gens comprennent que les discussions habituelles des partis sur les projets de loi sont vaines. La force du RIC, c’est d’instituer la puissance du peuple.»

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De l’autre côté du lac: la Suisse. Faut-il s’en inspirer, comme l’ont souvent évoqué ces dernières semaines les représentants des «gilets jaunes»? Etienne Chouard, familier du système helvétique, est dubitatif. Pas assez révolutionnaire, ce pays où les votations populaires peuvent certes amender la Constitution ou abroger des lois, mais pas révoquer des élus en fonction. Or qui dit RIC dit, pour son théoricien, auteur de Notre cause commune (Ed. Max Milo), référendum révocatoire sans limites. «La colonne vertébrale de mon travail, c’est le changement de personnel politique. Les élus ne sont pas capables d’écrire des règles qui donnent vraiment le pouvoir au peuple. C’est pour cela que je défends l’idée d’instances de contrôle des différents pouvoirs exécutif, législatif, judiciaire et même médiatique par des instances composées de citoyens tirés au sort.»

Partisan du tirage au sort 

Dans son ouvrage, Etienne Chouard défend le Référendum d’initiative citoyenne sabre au clair, pourfend la démocratie représentative et loue le tirage au sort: «En pratique, écrit-il, l’élection produit un système de domination du grand nombre.» Il qualifie Robespierre, le héros de la terreur révolutionnaire de 1793, d'«authentique démocrate».

Et dans notre conversation, la dénonciation du pouvoir des «ultra-riches» accusés d’avoir confisqué nos démocraties est constante. Provocation de la part de cet activiste présenté comme sulfureux et régulièrement accusé par les médias français d’avoir côtoyé l’extrémiste antisémite Alain Soral (qu’il qualifie dans son blog de «personnage infréquentable»)? «Regardez autour de vous ce qui se passe avec le mouvement des «gilets jaunes», riposte-t-il. On nous tire dessus. Je n’attends rien des élus et des journalistes des grands médias qui appartiennent aux puissants. On ne nous donnera que ce qu’on arrachera. Le plus probable est que le gouvernement va faire semblant. Tant qu’on ne sera pas des millions dans les rues à réclamer un vrai RIC, on ne l’obtiendra pas.»

«Exercice pédagogique»

L’atelier constituant de Douvaine sera donc avant tout un exercice pédagogique. L’économiste suisse François de Siebenthal sera présent. Les organisateurs promettent un «après-midi de démocratie participative». «L’essentiel, c’est de rester lucides, de savoir ce qu’on veut», complète Etienne Chouard, sévère sur la démocratie directe helvétique plus «riquiqui que RIC».

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Les polémiques dont il fait l’objet en France sont, selon lui, d’abord destinées à «discréditer ses idées». Son objectif, exposé dans son livre: «Nous devons avoir les moyens de voter nous-mêmes les lois que nous trouverons importantes. […] Le RIC nous donnera accès à tout le reste.» L’ouvrage propose même une formulation: «Un Référendum d’initiative citoyenne en toutes matières, y compris constitutionnelles et de ratification des traités, ne pouvant être modifié que par voie référendaire.» Ce à quoi Emmanuel Macron riposte d’une phrase: «Le RIC nourrit la démagogie et tue la démocratie parlementaire», phrase que le président français a encore répétée au «grand débat» organisé vendredi à Bordeaux.

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