Saluts nazis et torches enflammées, rien ne l’effraie. Richard B. Spencer est l’un des organisateurs de la manifestation «Unite the Right Rally» du samedi 12 août à Charlottesville (Virginie) qui a dégénéré et s’est soldée par la mort d’une militante antiraciste.

C’est lui, l’autoproclamé leader des identitaires, qui, grâce à son charisme et à son bagout, est devenu une icône de l’«alt-right» américaine. Sa mission du moment? Surfer sur la victoire de Donald Trump – avec lequel il prétend avoir une «connexion psychique» –, pour donner une nouvelle visibilité à l’extrême droite.

Provocateur, Richard Spencer a filmé ce samedi-là sa propre arrestation par des policiers en tenue de combat dans la petite bourgade de Virginie où se sont affrontés militants d’extrême droite et antiracistes. Dans la vidéo, on le voit leur résister et leur lancer:

«Nous sommes les seuls à vous défendre!» Dans d’autres images filmées quelques heures plus tard, il se montre torse nu, dans une chambre, avec des traces rouges sur le corps. Il verse son fiel sur les autorités de la ville, le ton menaçant. «Nous reviendrons», leur lance-t-il, en guise d’avertissement.

Qui est cet homme de 39 ans, athée, à la voix autoritaire et toujours tiré à quatre épingles, qui rêvait de devenir metteur en scène? Richard Spencer a grandi à Dallas, au Texas. Il vit aujourd’hui à Whitefish, dans le Montana, où il est interdit d’entrée dans plusieurs restaurants. Rédacteur en chef adjoint du magazine The American Conservative pendant quelques mois en 2007 avant de se faire licencier pour ses opinions extrêmes, c’est à lui que l’on doit l’expression «Alternative Right».

En 2010, il crée un site avec ce nom. Depuis 2011, il préside un think thank, le National Policy Institute, qui prône une Amérique sans Noirs ni Hispaniques. Très influencé par l’extrême droite européenne, il a été en 2014 banni de Hongrie – et par ricochet de l’ensemble des Etats Schengen – pendant trois ans, pour avoir voulu organiser une conférence sur la suprématie blanche à Budapest.

«Hail Trump!»

Richard Spencer assume ses idées racistes et antisémites au nom de la lutte contre le politiquement correct. Lors de meetings, il n’hésite pas à brandir des torches enflammées, soulignant que le Ku Klux Klan n’en a pas le monopole. Le 19 novembre 2016, Richard Spencer et ses acolytes, revigorés par l’élection de Donald Trump qu’ils estiment avoir porté au pouvoir, se retrouvent à Washington pour élaborer leur projet de «patrie blanche».

Une réunion qui fera grand bruit. Richard Spencer fait savoir que «l’«alt-right» peut, en tant qu’avant-garde intellectuelle, compléter le travail de Trump». Il clôt son discours avec un glaçant «Hail Trump, hail our people, hail victory!» aussitôt ponctué de saluts nazis, comme le prouvent des vidéos qui circulent sur le Net.

Sa thèse: la population blanche aux Etats-Unis est menacée par le multiculturalisme et une politique d’immigration laxiste. Il prône un «nettoyage ethnique pacifique», pour freiner la «déconstruction» de la culture européenne.

Gêné par ce soutien ouvertement affiché, Donald Trump déclare un peu plus tard au New York Times désavouer le mouvement. Richard Spencer a pourtant des liens avec Stephen Bannon, le controversé conseiller stratégique de Donald Trump dont les jours seraient comptés à la Maison-Blanche. Sauf qu’il le trouve un peu «léger» et trop versé dans le politiquement correct.

Dans une enquête fouillée publiée en octobre 2016, le magazine d’investigation Mother Jones rappelle que son mouvement s’est senti pousser des ailes pendant la campagne présidentielle à travers la rhétorique anti-étrangers de Donald Trump, qui n’a par exemple pas hésité à qualifier les Mexicains de «criminels» et «violeurs» pour justifier la construction d’un mur entre les Etats-Unis et le Mexique.

En août 2016, c’est même Hillary Clinton qui lui a fait malgré elle de la publicité. Dans un discours, elle dénonce l’émergence «d’une idéologie raciste connue sous le nom de l’«alt-right», qui, à travers Donald Trump est «en train de prendre le pouvoir sur le parti républicain». En vacances à Tokyo, Richard Spencer savoure ce moment depuis sa chambre d’hôtel. Et enchaîne les interviews.

«Un nouveau vernis radical chic»

Pour Mother Jones, il «ressemble à la vieille génération des racistes académiques, ou plutôt «racialistes» – un terme que Richard Spencer préfère – mais a «réussi à se saisir de l’occasion représentée par l’incroyable campagne électorale de Donald Trump pour donner au racisme un nouveau vernis radical chic».

Admirateur de Friedrich Nietzsche, de Richard Wagner et de l’idéologue raciste Jared Taylor, il a fait la connaissance de Stephen Miller, aujourd’hui conseiller de Donald Trump, sur les bancs de l’université. Ce dernier l’aurait aidé à organiser en 2007 une soirée consacrée au nationalisme. Contacté par le magazine, Stephen Miller dément être proche de Richard Spencer et épouser ses thèses.

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«Immense victoire morale». Ce sont les termes utilisés par Richard Spencer pour qualifier la démonstration de force de samedi à Charlottesville. Plus que jamais, il incarne cette ultradroite décomplexée qui s’affiche désormais à visage découvert. C’est bien ce qui inquiète le FBI et le Département de la Sécurité intérieure: depuis plusieurs mois déjà, l’un et l’autre avertissent des risques d’une recrudescence d’attentats commis par des suprémacistes blancs.

Même des organisations à moitié moribondes comme le Ku Klux Klan renaissent de leurs cendres. Depuis samedi, les militants d’extrême droite, gonflés à bloc, regorgent de projets. Mais, déjà, la marche «White Lives Matter» prévue le 11 septembre sur le campus de l’Université A&M du Texas, semble être compromise, bloquée par les autorités. Son orateur principal? Richard Spencer.

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