Son talent est reconnu bien au-delà des frontières suisses, son parcours et sa capacité de travail ont de quoi impressionner le plus aguerri des journalistes: Richard Werly reçoit aujourd’hui une distinction qui vient souligner son extraordinaire carrière. Roselyne Bachelot, ministre de la Culture, lui remet ce 22 mars à Paris les insignes de chevalier des Arts et des Lettres, un ordre «destiné à récompenser les personnes qui se sont distinguées par leurs créations dans le domaine artistique ou littéraire ou par la contribution qu’elles ont apportée au rayonnement des Arts et des Lettres en France et dans le monde».

La France, Richard Werly la connaît si bien. Né à Neuilly-sur-Seine d’un père suisse et d’une mère française, études d’histoire et sciences politiques à la Sorbonne et Sciences Po Paris, premières armes dans le métier pour La Croix, il travaillera plus tard pour La Vie et d’autres médias français. Il a quitté l’Hexagone plusieurs fois, pour mieux y revenir. Direction Bangkok, d’où il chronique pour Swissinfo, la RTS et le Journal de Genève et Gazette de Lausanne entre 1990 et 1996. Puis Tokyo, où il occupe un poste de correspondant pour Le Temps et Libération de fin 1999 à 2002. Bruxelles aussi, au cœur des affaires européennes, si chères au Franco-Suisse, et de l’OTAN.

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Sillonner le terrain

Infatigable voyageur, l’ADN de Richard Werly est celui d’un journaliste de terrain, «un raconteur du monde», comme il le dit lui-même. Il croit plus que tout à l’importance de voir, interroger, rencontrer. Il retrace les faits avant de chercher le pas de côté, sillonne les villes et les campagnes pour affiner sa lecture de la planète. La Russie envahit l’Ukraine? Il est le premier à filer à la frontière polonaise. Il a couvert les grandes fractures des trois dernières décennies, les conflits et catastrophes naturelles, au Cambodge, en Birmanie, en Irak, le tsunami de 2004 dans l’océan Indien. Lecteur assoiffé de connaissances, il trouve le temps de publier quatre ouvrages tout en restant un contributeur infatigable au titre qu’il a fait grandir. Il fait partie des journalistes qui ont concouru à développer Le Temps et à lui donner ses lettres de noblesse, lui qui a rejoint ce journal peu après sa création, en 1998.

Aucun format ne lui résiste, sa plume et son savoir se déploient dans tous les genres: du portrait ciselé à l’éditorial balancé, en passant bien sûr par le récit et l’éclairage qu’il affectionne tant. Orateur hors pair, Richard Werly est régulièrement invité en plateau pour commenter l’actualité française, sur Arte, TV5 Monde ou la chaîne parlementaire française. Son regard libre et son expertise en font un interlocuteur privilégié. Le podcast «Comment va la France» est venu s’ajouter à cette prolifique production. Le lauréat 2020 du Prix Jean Dumur est également le cofondateur et directeur de la collection L’âme des peuples aux Editions Nevicata, aujourd’hui 70 habiles ouvrages qui lui ressemblent.

Comprendre les fractures

La France, Richard Werly y est donc revenu. Basé à Paris, il couvre l’Hexagone et les affaires européennes depuis 2014. De cet observatoire, il dépeint comme personne le pouvoir, ses arcanes et les acteurs qui l’incarnent au quotidien. Il arpente l’autre France aussi, sans répit, pour en rendre compte, dans toutes ses contradictions et ses subtilités. Celle de Louis Pasteur et des antivax, de Bolloré et des Gilets jaunes, la France historique et celle de demain, de la Corse à Calais.

C’est de cette connaissance qu’est nourri son ouvrage publié le 23 mars aux Editions Grasset, La France contre elle-même. Mais c’est une fois encore sur le terrain que l’auteur est allé chercher les réponses à ses questions. Un voyage dans les villes et les villages le long de «la ligne», cette démarcation imposée par l’occupant nazi en 1940, au pied de laquelle Richard Werly a grandi et qu’il a suivie pour raconter la France d’aujourd’hui. Une contribution à la compréhension de l’âme française que Roselyne Bachelot ne manquera pas de souligner.