Des scènes de guerre, des supermarchés saccagés, des bus brûlés, des commerces fermés, des morts… Nous ne sommes pas au Moyen-Orient, mais dans la ville de Rio de Janeiro à la veille du carnaval. La ville, qui accueille pour l'occasion environ 400 000 touristes cette année, assiste à un défilé de violence et de terreur depuis les premières heures de ce lundi 24 février appelé le «Lundi sans loi».

Ces derniers jours n'ont pas été différents. La violence a continué malgré une action intense de la police. Le bilan est impressionnant: huit morts et plus de 80 bus détruits. Le gouvernement a été obligé de mettre en place un plan de sécurité jamais vu dans cette période de fête carioca. Le secrétaire de sécurité publique, le colonel Josias Quintal, a affirmé que «l'attitude des criminels d'affronter l'Etat est idiote. Nous sommes préparés pour cette guerre. S'ils continuent de semer la terreur dans les rues, la police les affrontera avec la même terreur. Nous occuperons les favelas pour empêcher la vente de drogues.»

Ce n'est pas la première fois que les habitants sont terrorisés par la violence orchestrée dans la ville. En octobre dernier, peu de temps avant le deuxième tour de l'élection présidentielle, des narcotrafiquants armés de fusils et de grenades avaient attaqué le siège du gouvernement de Rio, le Palacio da Guanabara. Cette attaque avait commencé à la suite de tentatives d'évasion de la prison de Bangu, où est emprisonné l'acteur principal de ces troubles: le trafiquant Fernandinho Beira-Mar, chef du «commandement rouge», l'organisation du trafic de drogue à Rio. Cette vague de terreur ordonnée par Beira-Mar était planifiée pour rappeler en période touristique et médiatisée son pouvoir parallèle, sa contestation au sujet de la suppression de ses privilèges au sein du pénitencier. En effet, il communiquait par le biais d'un téléphone mobile, commandait sa nourriture et surtout dirigeait ses affaires, négociait l'achat d'armes et organisait son trafic de drogue depuis sa cellule.

«La ville deviendra un enfer!»

Son histoire est une suite de cavales. Considéré comme un des plus grands trafiquants d'armes et de drogue d'Amérique latine, il continue d'être persécuté. Après son évasion d'une prison de Minas Gerais en 1996, Beira-Mar est devenu un nomade. Il a vécu au Paraguay, en Uruguay et en Bolivie. Après la cocaïne et le cannabis, le chef du «commandement rouge» s'est spécialisé dans le commerce illégal d'armes. Il est devenu ami et fournisseur officiel d'armements lourds d'un important leader de la rébellion marxiste des FARC. Capturé par l'armée colombienne en avril 2002, il fut extradé et incarcéré dans la prison de haute sécurité Bangu 1, en banlieue de Rio.

Le récent transfert de Fernandinho Beira-Mar vers une prison de l'Etat de São Paulo a provoqué sa grande insatisfaction. «Le gouverneur n'avait pas besoin de faire ce transfert. Il suffisait de discuter pour négocier, maintenant c'est trop tard, la ville deviendra un enfer!» Il a également avoué aux policiers que quatre autres trafiquants l'ont aidé à planifier les récentes actions criminelles à Rio. Le gouverneur carioca, Rosinha Matheus, n'entend pas endosser seul la responsabilité, la lutte du narcotrafic relevant du gouvernement fédéral. «Nous ne pouvons pas dire que le transfert de Beira-Mar est la fin du problème, mais nous devons résoudre un seul problème à la fois.»

Le président Lula s'est prononcé pour la première fois sur ces événements jeudi dernier. Il a affirmé son désir de collaborer avec le gouverneur de Rio au moment où l'Etat s'inquiète des menaces contre l'ordre public. Il s'est réuni en urgence avec ses ministres pour adopter des mesures afin de combattre la violence à Rio. La première mesure a été la mise à disposition de 3000 hommes des forces armées pour renforcer les 37 000 effectifs de la garde municipale. Le maire de Rio, César Maia, a soutenu dimanche la permanence des forces armées dans les rues pour trente jours de plus: «Il faut qu'elles nous aident à arrêter cette vague de criminalité. La situation est trop grave!»