Il y a environ 250 fusillades par semaine à Rio. Un nombre impressionnant, qui resterait inconnu sans l’initiative de la journaliste brésilienne Cecilia Oliveira. Début juillet, elle a créé une application en partenariat avec Amnesty International. Son nom: «Fogo Cruzado» – en portugais, «tirs croisés». Un reportage de Rue89 explique son fonctionnement.

Des chiffres qui surprennent

En deux semaines, l’application a permis de recenser 508 fusillades, 40 morts et 43 blessés. Cecilia Oliveira explique: c’est dix fois plus que ce qu’elle comptait avant de solliciter la population. Avec Fogo Cruzado, chaque utilisateur peut dorénavant prévenir s’il assiste à une fusillade. L’application rassemble déjà 15 000 habitants de Rio.

La motivation première de cette journaliste: avertir le gouvernement de l’ampleur du phénomène afin qu’il prenne des mesures sécuritaires avant le 5 août, début des Jeux olympiques. En effet, les fusillades sont monnaie courante dans les favelas de Rio, surtout à l’approche des festivités. Depuis le début de l’année, 1700 personnes ont été tuées dans la ville, soit 15% de plus qu’à la même période l’année dernière. Les quartiers nord de la ville sont les plus touchés.

La violence de la police

Pour que l’application soit efficace, chaque détail compte: la localisation précise de la fusillade, la durée des coups de feu, le nombre de blessés et de morts, et surtout l’implication de la police dans la fusillade. Cette dernière information est importante dans un pays où les forces de l’ordre sont responsables d’un meurtre sur cinq.

Selon Human Rights Watch, les policiers de Rio ont tué 645 civils l’année dernière. Fogo Cruzado a permis de préciser ces données: sur les 508 fusillades du mois de juillet, dans 78 cas, c’est un policier qui a appuyé sur la gâchette. Les forces de l’ordre invoquent généralement la légitime défense, notamment contre les trois principaux gangs de la ville.

Les JO sous tension

Dans ce climat tendu, la ville attend plus de 500 000 visiteurs pour les Jeux olympiques. Une affluence importante qui inquiète. Malgré la crise économique qui touche le Brésil, les autorités ont annoncé qu’il y aurait deux fois plus d’effectifs alloués à la sécurité que pendant les Jeux olympiques de Londres en 2012. Une partie de ces équipes sera envoyée dans les favelas.

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La section suisse d’Amnesty International alerte de cette recrudescence des forces de l’ordre. En avril dernier, elle lançait la campagne «Cinq anneaux pour Rio. Une flamme pour les droits humains» afin de mettre en évidence les violences policières pendant les Jeux olympiques. Le footballeur Gelson Fernandes et l’écrivain Urs Althaus se sont engagés en faveur de la campagne.

Les applications comme nouveau moyen d’action

Fogo Cruzado n’est pas la seule initiative 2.0 à Rio. Une autre application lancée en début d’année nommée DefeZap permet aux victimes de violences policières de publier des témoignages sous forme de vidéos et de photos, selon le média Slate. L’association Meu Rio transmet ensuite ces images aux agences responsables des enquêtes, afin de bousculer les autorités et sortir les victimes de l’ombre.