Peut-on laisser l'Inde accéder aux privilèges réservés aux puissances nucléaires tels que les prévoit le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP)? Réuni à Vienne jeudi et vendredi, le Groupe des fournisseurs nucléaires (NSG), qui contrôle l'exportation et la vente de technologies nucléaires dans le monde, doit trancher la question à la lumière de l'accord nucléaire entre les Etats-Unis et l'Inde signé en 2005 et que George Bush entend concrétiser avant de quitter la Maison-Blanche.

Inquiétudes de Berne

Ce ne sera pas facile. Les 45 pays membres du NSG sont loin d'être d'accord d'octroyer un statut d'exception à New Delhi qui possède la bombe depuis son premier test nucléaire de 1974, mais qui n'a jamais signé le TNP. Lors d'une première réunion il y a quinze jours, plusieurs Etats, dont la Suisse, ont émis des réserves. Berne a exprimé ses inquiétudes sur les conséquences que ledit accord pourrait avoir sur le régime de non-prolifération. «La Suisse souhaite une solution qui prévoit des garanties suffisantes en matière de non-prolifération», relève-t-on au Département fédéral des affaires étrangères. Le Conseil fédéral attend toutefois la fin de la réunion de Vienne pour arrêter sa position.

Les pays réticents du NSG exigent des garanties que toute coopération serait interrompue si New Delhi procédait à un test nucléaire et qu'un mécanisme de révision de l'accord soit établi pour le remettre en question au besoin.

Selon The Economist, certains ont voulu voir dans l'accord entre les Etats-Unis et l'Inde une répétition de la politique de Richard Nixon qui avait établi des relations diplomatiques avec la Chine pour contrebalancer l'Union soviétique. Le problème, c'est que l'Inde n'a pas l'intention de contrebalancer la Chine. Directeur du Arms Control Association à Washington, Daryl Kimball estime que le traité indo-américain «est un désastre en matière de non-prolifération», car il sape les fondements du TNP. En son article premier, le TNP prévoit qu'aucun signataire ne doit aider un autre Etat à construire des armes nucléaires.

Les craintes découlent du fait que New Delhi n'a pas signé le TNP, ni le Traité d'interdiction complète des essais nucléaires. Il refuse aussi de limiter sa production d'uranium et de plutonium à des fins militaires. L'Inde accepte de soumettre un nombre accru de réacteurs nucléaires civils aux inspections de l'Agence internationale de l'énergie atomique. Toutefois, selon l'accord avec Washington, elle peut prendre des «mesures spéciales» comme renvoyer des inspecteurs si ses exigences ne sont pas respectées. La communauté internationale s'était jusqu'ici beaucoup focalisée sur l'Iran, signataire du TNP. Elle avait oublié un peu vite l'Inde.