Négociations sur l’Iran: le tournus des cinq-étoiles

Diplomatie John Kerry délocalisé à Montreux

John Kerry adore l’hôtel Président Wilson, somptueux cinq-étoiles avec vue sur la rade genevoise. Une semaine après y avoir négocié le week-end dernier avec le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, il y serait bien retourné. Mais c’était sans compter le Salon de l’auto. La Genève internationale a des priorités inattendues.

Annoncés lundi matin à Genève pour l’ouverture du Conseil des droits de l’homme, le secrétaire d’Etat américain et son homologue iranien iront donc loger à Montreux le soir. Le lendemain, ils entameront un nouveau round de négociations sur le programme nucléaire de Téhéran. Des déplacements supplémentaires qui provoquent des migraines aux agents de sécurité américains, iraniens et à la police suisse.

Pour les hôteliers, la possibilité d’héberger un accord historique pèse de peu de poids en regard des réservations effectuées d’année en année par les marques automobiles. Ces dernières paient souvent dès la fin du salon pour l’année suivante.

Organisation contraignante

«Nous sommes complet. Nous ne pouvons tout de même pas déplacer les murs et rajouter des chambres. Certains clients du Salon de l’auto viennent chez nous depuis dix ans», défend Amélie Vavasseur, responsable du marketing à l’hôtel Président Wilson. L’organisation de sommets aussi sensibles est très contraignante. De plus, les négociations sur le nucléaire iranien se font à l’abri des médias. Aucune conférence de presse et pas de possibilité de placer le logo de l’hôtel.

«La venue de Kerry le week-end dernier nous a quand même offert une belle visibilité, car les journalistes peuvent filmer l’extérieur de l’hôtel. Nous faisons donc tout pour accueillir ces clients très spéciaux», conclut Amélie Vavasseur.

A Genève, les hôtels qui sont en mesure de pouvoir héberger ce genre d’événements se comptent sur les doigts d’une main. «Il faut avoir plusieurs salles de réunion et une grande capacité de banquet», explique MarcAntoine Nissille, président des hôteliers genevois. Dans les faits, trois cinq-étoiles se répartissent les grands sommets. L’Intercontinental, idéalement situé entre l’ONU et l’aéroport, où s’était noué l’accord intérimaire sur le nucléaire iranien en novembre 2013, le Président Wilson et le Mandarin Oriental, au centre-ville, anciennement hôtel du Rhône. «Deux ou trois autres établissements pourraient très bien accueillir ces événements», estime Marc-Antoine Nissille, sans nommer les hôtels qui voudraient entrer dans la danse.

Rituel très précis

Mais les négociations sur le nucléaire iranien répondent à un rituel très précis. Iraniens et Américains «s’invitent» à tour de rôle, la diplomatie suisse se mettant en quatre pour répondre à leurs souhaits. Le week-end dernier, le choix de Washington s’est porté sur le Président Wilson. C’est la troisième fois que John Kerry y venait depuis le début de l’année, deux fois pour les négociations sur le nucléaire et une troisième sans raison apparente, une simple escale en provenance d’Asie avant de rentrer aux Etats-Unis.

Mi-janvier, les tractations entre John Kerry et Mohammad Javad Zarif, qui s’étaient accordé une balade très médiatique en plein centre de Genève, s’étaient déroulées au Mandarin Oriental. C’était le choix des Iraniens. «Ils espéraient recréer l’atmosphère d’une des premières réunions à Genève entre les deux pays, qui ont rompu leurs relations diplomatiques après la révolution islamique et l’assaut de l’ambassade américaine à Téhéran en 1979», explique une source proche des négociations.

La semaine prochaine, il revenait aux Iraniens de choisir le terrain des négociations. Ils n’ont pas été enchantés de devoir se rabattre sur Montreux. Le Département fédéral des affaires étrangères minimise. Selon Berne, l’important est que la Suisse ait pu trouver une solution. Président de la Commission des affaires extérieurs, Carlo Sommaruga (PS/GE) ne voit pas de risque que la Suisse laisse échapper ces négociations. «La Genève internationale dépasse les frontières cantonales et il est bon que d’autres villes puissent en profiter. Je m’interroge toutefois sur les capacités hôtelières de Genève. L’idée d’un nouveau centre de coopération internationale au château de Penthes devait s’accompagner d’un hôtel mais le projet est en panne.»