Impossible de dire quels regards elles ont eus pour Riya. Leurs visages étaient cachés derrière les niqabs noirs. L’ont-elles toisée avec mépris, examinée avec surprise comme on le ferait d’une espèce inconnue de papillon ou simplement ont-elles voué aux gémonies l’étudiante aux cheveux dévoilés qui expire son tabac en grosses volutes? Mais elles se sont arrêtées et ont pris en photo la devanture du café où Riya travaille chaque jour dès 10h le matin et devant laquelle elle se tient pour happer les clients. Dans la vieille ville de Djeddah, comme presque partout en Arabie saoudite, la plupart des femmes s’habillent de manière traditionnelle, entièrement couvertes et vêtues d’une sombre abaya. Riya fait ainsi encore figure d’exception, mais le royaume change à la vitesse grand V et cela n’est pas sans bousculer la vie quotidienne et créer des tensions au sein de la société. Pour Riya, l’heure du changement est une bénédiction, dût-elle affronter les quolibets et les réprobations.