Les trois quarts (132) des 172 membres de sept «cellules» djihadistes, dont l'Arabie saoudite a annoncé le démantèlement, vendredi dernier, sont de nationalité saoudienne, a révélé le général Mansour Al-Turki, porte-parole du Ministère saoudien de l'intérieur, dans des déclarations publiées dimanche par le quotidien saoudien Al-Charq Al-Awsat. Cette annonce survient un peu plus de quatre mois après celle de la désagrégation de huit groupes djihadistes rassemblant 136 membres, dont l'écrasante majorité était déjà de nationalité saoudienne.

Ces arrestations attestent de l'efficacité acquise au fil de trois années d'expérience par les forces de sécurité et les services de renseignements saoudiens dans la traque préventive des réseaux extrémistes. Mais elles montrent également que les autorités se rendent désormais à une triple évidence: les djihadistes sont pour la plupart des enfants du pays; «l'égarement», selon la terminologie officielle, a pris de solides racines; les autorités ne peuvent donc, «malheureusement», comme l'a déclaré le prince Nayef Ben Abdel Aziz, ministre de l'Intérieur, au quotidien Al-Riyad, «prétendre en avoir fini avec ces égarés [...], malheureusement soutenus et financés de l'intérieur et de l'extérieur» du royaume.

L'aveu de l'existence de grandes déficiences dans la lutte idéologique et religieuse contre ce fléau s'inscrit en filigrane de ce triple constat. D'où l'appel du prince Nayef à tous les citoyens, ainsi qu'aux «pères de famille, aux hommes de religion, aux gens de plume ainsi qu'aux sages» à un surcroît de vigilance pour ramener les brebis égarées sur le droit chemin. Appel relayé par des universitaires et par la presse qui souhaitent un sursaut des institutions éducatives, sportives ou professionnelles pour barrer la route à tout embryon ou signe annonciateur de radicalisme. Car la plupart des recrues extrémistes, selon les indications officielles, sont de très jeunes gens. Plusieurs commentateurs y ont vu le signe avant-coureur d'une nouvelle génération de réseaux djihadistes.

D'autres révélations sont indicatrices des modes opératoires de ces «cellules». Le lien qui les unit n'est pas organisationnel mais idéologique: elles s'inspirent toutes de la «pensée» du réseau djihadiste Al-Qaida, auquel une seule d'entre elles, numériquement la plus importante (61 membres, tous saoudiens), est directement liée. Cette «cellule» était dirigée par un quinquagénaire ancien d'Afghanistan, auquel les autres membres ont fait allégeance au pied de la Kaaba, la pierre noire de La Mecque.

C'est cet émir qui dirigeait ses adeptes vers des camps d'entraînement paramilitaires, certains ayant même suivi des cours de pilotage d'avion, en vue d'attentats du type de ceux qui, en septembre 2001, avaient visé New York et Washington - jusqu'à présent les attentats dans le royaume étaient l'œuvre de kamikazes. Le financement était assuré par des contributions de citoyens à des «sociétés fictives», dont la nature n'a pas été précisée. Les auteurs de ces contributions pourraient avoir été abusés.

D'après le général Al-Turki, c'est dans des pays «paisibles» - où règne la sécurité - que se sont rendus les candidats aux cours de pilotage d'avion, tandis que l'entraînement paramilitaire se faisait dans des pays «où la sécurité est perturbée». Etant entendu, selon ce responsable, que les gouvernements de ces pays ne sont pas en cause. La presse saoudienne a notamment évoqué deux pays voisins, l'Irak et le Yémen.

La pensée unique commune aux sept groupes a pour corollaire un ou plusieurs mêmes objectifs: s'attaquer aux ennemis, qu'il s'agisse de pouvoirs non musulmans ou musulmans jugés déviants. Les cibles qui devaient être visées, toujours selon Riyad, sont stratégiques, telles des installations pétrolières et militaires, tant dans le royaume que dans d'autres pays. L'une de ces cibles est la prison de Djedda dans le but de «libérer» d'autres djihadistes.

Ces constatations, ainsi que le type d'armes et d'équipements et une importante somme d'argent (plus de 5 millions de dollars) saisis dans plusieurs cachettes, sont interprétées comme étant des indices d'une politique d'adaptation des réseaux extrémistes à la donne créée par les succès enregistrés dans la chasse sans répit aux djihadistes lancée par les autorités saoudiennes après les attentats de 2003.

Alors qu'en décembre 2006, Riyad avait indiqué que les 136 extrémistes avaient été arrêtés lors de huit opérations conduites dans sept régions du royaume, elles n'ont fourni aucune précision à propos des sept «cellules» démantelées depuis.