Etats-Unis

Robert Mueller, l’homme qui a le sort de Donald Trump entre ses mains

L’ancien patron du FBI, nommé procureur spécial pour l'«affaire russe», a su par le passé s’opposer à la Maison Blanche. Son intégrité et son indépendance d’esprit sont remarquées

A en juger par la cascade de réactions positives, c’est l’homme de la situation. Robert Mueller, patron du FBI entre 2001 et 2013, est désormais procureur spécial en charge de l'«affaire russe» qui envenime le mandat du président américain. Une seule personne n’est pas ravie: Donald Trump. Jeudi, il a affirmé sur Twitter être victime de la «plus grande chasse aux sorcières» de l’histoire américaine.

Procès Noriega et affaire Lockerbie

Robert Mueller, nommé par le numéro deux du Ministère de la Justice, revient sur le devant de la scène en plein chaos. Il aura besoin d’avoir les épaules solides. C’est l’homme qui va devoir déterminer s’il y a eu collusion ou pas entre des proches de Donald Trump et la Russie pendant la campagne présidentielle américaine. Donald Trump est plus critiqué et menacé que jamais. Déjà accusé d’avoir transmis des informations sensibles au ministre russe des Affaires étrangères, le voilà soupçonné d’obstruction à la justice. Il a non seulement limogé James Comey, le patron du FBI qui enquêtait sur les connexions russes, mais il lui aurait auparavant demandé de laisser tomber l’enquête sur son ancien conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn. La nomination d’un procureur indépendant, revendiquée par les démocrates, devenait urgente.

Robert Mueller, 72 ans, n’est pas du genre à se laisser impressionner par les tweets colériques du président. Figure respectée, il est connu pour son indépendance d’esprit, son intégrité et sa méticulosité dans les enquêtes.

Sixième patron du FBI, le New-Yorkais, qui a combattu durant la guerre du Vietnam, a notamment été procureur fédéral à San Francisco, puis numéro deux du Ministère de la justice sous George Bush père avant d’être nommé directeur du bureau. Il a supervisé le procès de Manuel Antonio Noriega, commandant en chef des Forces armées du Panama condamné aux Etats-Unis pour trafic de drogue et blanchiment d’argent. C’est lui aussi qui a géré l’enquête sur l’affaire Lockerbie: en décembre 1988, un Boeing 747 de Pan Am a explosé au-dessus du village écossais de Lockerbie, tuant 270 personnes.

Il a remanié le FBI

Robert Mueller est resté à la tête du FBI pendant plus d’une décennie, dix ans étant pourtant la durée fixe du mandat depuis 1976. Barack Obama a obtenu du Congrès de pouvoir prolonger son mandat. Une extension approuvée dans les deux chambres sans aucun vote négatif, ce qui démontre le respect qu’il inspire. Cela fait de lui le directeur au plus long mandat après Edgar Hoover, fondateur du FBI, qui s’est cramponné à son poste pendant 48 ans.

Apolitique, Robert Mueller est devenu patron du FBI six jours seulement avant les attentats du 11 septembre 2001. Il a dû remanier le Bureau en conséquence, dans un contexte extrêmement tendu, alors que Congrès et médias reprochaient au FBI de ne pas avoir su anticiper les attentats. Des voix exigeaient son démantèlement.

Il a toujours défendu, au nom de la lutte contre le terrorisme, les programmes de surveillance des communications dévoilés par l’ex-agent de la CIA Edward Snowden. Mais en 2004, il s’était férocement opposé à George W. Bush, qui l’avait nommé, à propos d’un programme d’écoutes extra-judiciaires de la NSA qu’il jugeait illégal. Il avait même menacé de démissionner. Tout comme James Comey, alors numéro deux du Ministère de la justice.

Tensions autour d’un lit d’hôpital

L’affaire est rocambolesque. Elle s’est en partie déroulée dans une chambre d’hôpital. Robert Mueller soutenait James Comey, qui remplaçait alors le ministre de la Justice John Ashcroft pendant son hospitalisation et refusait de valider le renouvellement d’un programme d’écoutes qui arrivait à échéance. Mais le soir du 10 mars 2004, James Comey reçoit un coup de fil: deux responsables de la Maison Blanche étaient en route pour l’hôpital pour faire signer le document à John Ashcroft, qui venait de subir une ablation de la vésicule biliaire. Ni une ni deux, il se précipite à son tour à l’hôpital. Il avertit Robert Mueller, qui le rejoint. Et c’est au chevet du ministre à peine remis de son opération, que les deux hommes s’assurent qu’il refuse de donner son feu vert à la prolongation de ces écoutes extra-judiciaires.

Le lendemain, des attentats terroristes font 191 morts à Madrid. Le programme est reconduit, sans l’aval du Ministère de la justice. Robert Mueller et James Comey, qui refusent de le cautionner, proposent leur démission. Mais ils restent en place: George W. Bush a finalement accepté d’apporter des modifications. Lors d’une audition, des années plus tard, James Comey dira de Robert Mueller: «C’est l’une des meilleures personnes que j’ai jamais rencontrée.»

Aujourd’hui, Robert Mueller va devoir oublier ses liens avec James Comey, injustement traité par Donald Trump. Et se concentrer sur l’enquête. Car elle décidera ni plus ni moins de l’avenir du président.

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