Tensions

Robert Mueller, le souffre-douleur de Donald Trump

Le président américain tire à boulets rouges sur le procureur spécial chargé de l’enquête russe. Les pressions ne sont même plus masquées

Robert Mueller doit parfois se trouver quelques similitudes avec saint Sébastien, qui, attaché à un arbre, a eu le corps transpercé de flèches durant la persécution de Dioclétien. Saint Sébastien s’est remis de ses blessures, mais il est mort quelques jours plus tard, tué à coups de verges. Depuis ce week-end, Robert Mueller, le procureur spécial chargé de l’affaire russe, reçoit lui aussi des flèches bien aiguisées, sans piper mot, sans même essayer de les esquiver. Il est le nouveau souffre-douleur de Donald Trump. Les pressions ne sont même plus masquées.

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Trump Organization visée

Jusqu’ici, les avocats du président des Etats-Unis lui avaient recommandé de ne pas s’en prendre frontalement à Robert Mueller. Donald Trump vient de franchir la ligne rouge. Pour la première fois, samedi et dimanche, il l’a nommément mentionné dans ses tweets. «Le début de la fin de sa présidence.» Voilà ce que la mise à pied de Robert Mueller représenterait pour Donald Trump s’il mettait ses menaces à exécution. C’est du moins l’avis du sénateur républicain Lindsey Graham. Le limogeage de l’ex-numéro deux du FBI Andrew McCabe a provoqué une avalanche de réactions le week-end dernier. Car derrière ce brutal licenciement apparaît justement la volonté de la Maison-Blanche, et surtout de son plus haut représentant, de mettre fin à l’enquête sur l’ingérence de Moscou dans la présidentielle américaine et sur les liens entre les Russes et l’entourage de Donald Trump.

Ancien patron du FBI, Robert Mueller enquête depuis bientôt un an sur cette délicate affaire. Il vient d’exiger des documents d’affaires de la Trump Organization, désormais gérée par les deux fils aînés du président américain. Il doit aussi déterminer si Donald Trump s’est rendu coupable d’entrave à la justice en licenciant, en mai 2017, l’ex-patron du FBI James Comey.

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Il a réorganisé le FBI après le 11-Septembre

Robert Mueller, 73 ans, a été nommé à la tête du FBI en 2001 par George W. Bush, alors qu’il se remettait d’un cancer de la prostate. Il est resté douze ans à la tête de l’agence fédérale. La nomination d’un procureur spécial pour l’affaire russe est une revendication des démocrates, après le limogeage de James Comey. Pour son enquête, Robert Mueller s’est entouré d’experts réputés, dont des spécialistes de cas de blanchiment d’argent. Certains avaient clairement soutenu des candidats démocrates, un fait qui lui est aujourd’hui reproché par le clan Trump.

«Pourquoi est-ce que l’équipe Mueller compte 13 démocrates endurcis, dont certains ont été de grands soutiens d’Hillary la crapule, et zéro républicain? Un autre démocrate a été récemment ajouté… Est-ce que quelqu’un pense que c’est juste? Et pourtant, il n’y a pas de collusion!» a dénoncé Donald Trump dimanche sur Twitter. Robert Mueller est pourtant inscrit au Parti républicain. Surtout, il a toujours été reconnu pour son impartialité, son intégrité et sa méticulosité dans les enquêtes. Le 30 octobre, il a procédé à de premières inculpations: celles de l’ex-direc­teur de campagne de Donald Trump, Paul Mana­fort, et de son associé, Rick Gates, pour «complot contre les Etats-Unis».

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Diplômé en lettres, titulaire d’un doctorat en droit, le New-Yorkais a combattu durant la guerre du Vietnam, où il a même été blessé. Il a rencontré sa femme à 17 ans. Ensemble, ils ont eu deux filles. Il a notamment été procureur à San Francisco, puis numéro deux du Ministère de la justice sous George Bush père, avant d’être nommé directeur du FBI. Parmi ses faits d’armes figure celui d’avoir supervisé le procès de Manuel Antonio Noriega, commandant en chef des Forces armées du Panama, condamné pour trafic de drogue et blanchiment d’argent aux Etats-Unis. Il a aussi géré l’enquête sur l’affaire Lockerbie, qui a éclaté en décembre 1988.

Robert Mueller est devenu patron du FBI six jours avant les attentats du 11 septembre 2001. Rapidement, sa principale tâche a été de réorganiser l'institution, alors considérablement affaiblie et critiquée pour ne pas avoir su anticiper les menaces terroristes. En 2004, Robert Mueller a menacé de démissionner. Il s’était opposé à George W. Bush à propos d’un programme d’écoutes extrajudiciaires de la NSA.

Un mandat prolongé en 2011

Son mandat à la tête du FBI a été prolongé en 2011, à la demande de Barack Obama. La durée maximale pour un tel poste était initialement de dix ans. Mais aucune voix au Congrès ne s’est élevée contre cette prolongation, ce qui démontre le professionnalisme qui lui est reconnu. En 2013, quand il quitte son poste, il reprend un travail dans un prestigieux cabinet d’avocats à Washington. Mais donne également des cours sur la cybercriminalité à l’Université Stanford.

Aujourd’hui, la valse des départs à la Maison-Blanche et les pressions de Donald Trump compliquent sa tâche. Mais Robert Mueller continue d’avancer, pas à pas, toujours aussi déterminé. Un peu comme le joueur de football américain qu’il a été cherchait à parcourir la plus longue distance le ballon à la main, malgré les adversaires qui se ruaient sur lui. Fin janvier, Donald Trump avait laissé entendre qu’il était prêt à témoigner sous serment devant Robert Mueller. Une déclaration qui ne semble plus vraiment d’actualité. Sa fébrilité est probablement révélatrice de sa crainte de voir l’étau se resserrer autour de lui.

Un jour, sûrement, Robert Mueller et son insatiable quête de vérité inspireront un grand réalisateur d’Hollywood.

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