Le directeur de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) Roberto Azevêdo pourrait annoncer sa démission ce jeudi après-midi. Sans commenter la nouvelle relayée par l’agence Bloomberg, son secrétariat a promis une annonce à l’issue de la réunion informelle des chefs de délégation, qui commence à 16h. Son mandat, le deuxième, allait jusqu’en septembre 2021. Ainsi, l’ancien diplomate brésilien quitterait ses fonctions une année avant l’heure.

Une démission au pire moment

Si la démission de Roberto Azevêdo se confirme, elle arrive au pire moment pour l’OMC. Celle-ci fait face à une crise existentielle du fait qu’un de ses organes fondamentaux – l’instance d’appel qui statue au final sur les différends commerciaux entre Etats – est paralysé depuis plusieurs mois. Pour cause, les Etats-Unis ont refusé les nominations de juges dont les mandats étaient arrivés à terme. L’administration Trump avait, à maintes reprises, accusé cette instance de prononcer des verdicts allant à l’encontre de ses intérêts commerciaux. L’Union européenne, la Suisse et d’autres Etats ont tenté de créer une instance arbitrale en marge de l’organisation, mais ce projet n’a pas décollé.

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L’OMC subit aussi les feux de la critique, notamment des Etats-Unis, sur la question de réformes institutionnelles. En son temps, l’ancien directeur de l’OMC Pascal Lamy l’avait traitée d'«archaïque». Selon Washington également, son fonctionnement est dépassé, de sorte qu’elle est incapable de prendre des mesures contre certains Etats alors même que ces derniers ne respectent plus l’esprit du libre-échange. Ce reproche vise plus particulièrement la Chine, qui est devenue membre de l’OMC en 2001, mais qui ne respecterait toujours pas ses engagements pris au moment de l’adhésion.

Recrudescence de mesures protectionnistes

Par-dessus tout, cette éventuelle démission arrive à un moment où le commerce mondial, dont l’OMC est le garant, traverse l’une de ses pires crises à cause de la pandémie de Covid-19. Selon ses dernières projections, les échanges internationaux vont chuter de 13% en 2020 et de 32% si la situation sanitaire n’est pas rapidement maîtrisée. Roberto Azevêdo a beau avoir appelé les Etats à se garder de prendre des mesures protectionnistes en cette période, ces dernières prolifèrent.

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La course à la succession de Roberto Azevêdo a commencé depuis plusieurs mois déjà et plusieurs candidats sont en lice. Mais si sa démission prématurée se confirme, l’un de ses quatre adjoints – Yonov Frederick Agah (Nigeria), Karl Brauner (Allemagne), Alan Wolff (Etats-Unis) et Yi Xiaozhun (Chine) – serait appelé à assurer l’intérim jusqu’à septembre.

Roberto Azevêdo, 62 ans, a fait carrière dans la diplomatie brésilienne avant d’être élu directeur de l’OMC en 2013 pour un premier mandat de quatre ans. Il a été reconduit à son poste en 2017. Des spéculations le voient appelé à prendre des responsabilités à Brasília au sein du gouvernement de Jair Bolsonaro.