«Si je pointe du doigt des pays de l’OMC, je suis mort»

Commerce Le directeur de l’institution craint de ne pas pouvoir avancer sur le Cycle de Doha

Serait-ce le chant du cygne pour une percée décisive, cet hiver à Nairobi au Kenya? Si Roberto Azevêdo, directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ne l’a pas exprimé de cette manière, son discours de mercredi au Club suisse de la presse avait clairement un arrière-goût de funérailles. «La volonté politique de conclure Doha [ndlr: cycle de négociations enlisé depuis des années] fait encore défaut. Bien qu’à Genève, le désir de trouver des solutions soit présent, je n’ai pas le sentiment qu’un accord soit possible à ce stade. Ne serait-ce que conceptuellement, les différences entre les différentes parties aux discussions sont encore trop importantes», déplore-t-il.

Au lendemain de la Conférence ministérielle de Bali (fin 2013), les Etats membres s’étaient fixé pour objectif, notamment, de dresser, avant fin juillet 2015, une feuille de route détaillée pour sortir Doha de l’ornière. Leur stratégie étant de s’aligner pour tourner la page du plus long cycle de négociations commerciales de l’histoire, les mois suivant la prochaine et première ministérielle d’Afrique, en décembre prochain à Nairobi.

Aujourd’hui, vu le délai restant, et les maigres progrès réalisés, ce projet paraît sérieusement compromis. Raison pour laquelle Roberto Azevêdo a, le week-end dernier à Dresde en Allemagne, une nouvelle fois tiré la sonnette d’alarme, appelant les dirigeants du G7 à réagir.

2015, une année charnière

Mercredi à Genève, le directeur général de l’OMC a également rappelé à quel point 2015 serait une année décisive pour son institution. «Il faut appliquer le texte de Bali sur la facilitation des procédures douanières, qui attend toujours la ratification des deux tiers des 161 pays membres pour entrer en vigueur. Nous sommes sur le point de franchir la barre des 500 plaintes et nous fêtons cette année nos 20 ans…» énumère-t-il. Dimanche, pour célébrer cet anniversaire, l’entité basée à Genève organise une journée portes ouvertes, avec une remise de prix à une institution locale parmi d’autres divertissements.

Bilan de ces deux décennies d’activité: les fonctions de supervision et de règlement des différends de l’OMC fonctionnent à satisfaction, mais son mandat de négociation est actuellement en berne. Comment renverser la situation? «L’OMC n’a pas l’autorité pour contraindre les pays à accepter de nouvelles disciplines. Je ne peux pas montrer du doigt des pays. Sinon, je suis mort», conclut Roberto Azevêdo.