FRANCE

A La Rochelle, les socialistes jouent leur psychodrame estival

Alors que Lionel Jospin triomphe dans un sondage, l'université d'été devrait permettre d'évaluer les rapports de force au sein du parti avant le congrès de novembre.

C'est en train de devenir une tradition. Comme l'an dernier à pareille époque, les socialistes français se retrouvent aujourd'hui et durant trois jours à La Rochelle pour leur université d'été. Comme l'an dernier à pareille époque, les principaux dirigeants et chefs de courant du PS se déchirent et se défient, chacun cherchant à pousser son avantage en vue du règlement de comptes final, agendé à fin novembre au Mans lors d'un congrès au cours duquel François Hollande remettra en jeu son mandat de premier secrétaire. Enfin, comme l'an dernier, mais renforcé par un sondage publié jeudi par Libération (voir infographie) qui en fait «l'homme qui incarne le mieux la gauche», Lionel Jospin, en vacances à l'île de Ré voisine, devrait à nouveau faire une «apparition surprise» à La Rochelle…

Mais là s'arrête la comparaison entre 2004 et 2005. Car entre-temps – et alors que l'échéance présidentielle de 2007 approche inexorablement – est intervenu un événement cataclysmique pour l'unité du PS: la victoire du non au référendum sur la Constitution européenne du 29 mai dernier. Un non qui a sonné comme un cinglant désaveu pour la direction actuelle du parti, largement acquise au oui, et a aiguisé les appétits des partisans – opportunistes ou non – du refus du Traité constitutionnel, au premier rang desquels trône l'ancien premier ministre Laurent Fabius.

Si l'université d'été du PS aura tout du round d'observation avant le congrès de novembre, les ténors socialistes n'ont pas attendu son ouverture pour déclencher les hostilités et distiller leurs phrases assassines. Dès la semaine dernière, l'ancien premier ministre Michel Rocard, soutenu par le toujours très populaire Bernard Kouchner, affirmait dans le Nouvel Observateur que, en cas de victoire de la ligne de Laurent Fabius et d'autres courants de la gauche du PS au congrès du Mans, «il faudra peut-être envisager la création d'un nouveau parti». Car «les enjeux internationaux et l'Europe sont au cœur de notre politique».

Chantage à la scission!, ont immédiatement répliqué les «Fabiusiens». Peut-être, mais la question est désormais posée et méritera réponse sinon débat au sein d'un parti qui apparaît de plus ballotté entre une aile sociale-démocrate proeuropéenne et une aile plus radicale et antimondialisation.

Tenant de cette dernière ligne, le député de Saône-et-Loire Arnaud Montebourg, cofondateur du courant Nouveau Parti socialiste (NPS), n'a d'ailleurs pas caché, dimanche dernier lors de sa rentrée politique, qu'il était désormais «impossible de construire quelque chose avec Hollande», s'exprimant clairement pour «une majorité alternative au sein du parti avec Laurent Fabius et Henri Emmanuelli».

Toutefois, et comme le relevait hier l'éditorialiste de Libération, Gérard Dupuy, «le PS n'ayant le choix qu'entre l'unité et le suicide, le principe de réalité finira sans doute aussi par s'y faire entendre et les morceaux par se recoller». Comme pour lui répondre, Laurent Fabius affirmait dans un entretien au Parisien/Aujourd'hui en France son souci de jouer les rassembleurs. Au quotidien qui lui demande si la présidentielle de 2007 ne pollue pas déjà le débat au sein du parti, il répond: «Chaque chose en son temps. Pour l'instant, ma feuille de route est claire: m'opposer à la droite et écouter les Français, préciser nos propositions et chercher, malgré les embûches, à rassembler les socialistes puis toute la gauche.»

Mais si Fabius se voit déjà dans les pas d'un certain François Mitterrand, François Hollande ne s'avoue pas vaincu. Hier, dans un entretien au Nouvel Observateur, le premier secrétaire du PS a annoncé, comme prévu, qu'il briguerait un nouveau mandat lors du congrès du Mans, mais qu'il quitterait son poste quoi qu'il arrive après la présidentielle. «Il n'y a pas plus noble récompense que de passer le témoin», assure-t-il, en espérant avoir alors «la satisfaction de voir de nouveau un des nôtres au sommet de l'Etat».

Assurant assumer son bilan, le numéro un socialiste affirme «comprendre très bien que certains se préparent à la candidature». «C'est à la fois sain et utile pour le PS.» Mais, s'adressant implicitement à Laurent Fabius et à ses alliés, il prévient qu'«être premier secrétaire ne confère aucun droit et n'implique que des devoirs».

Aux dernières nouvelles, Laurent Fabius, qui participera aujourd'hui et demain aux ateliers de l'université d'été du PS, sera absent dimanche lors du discours de clôture de François Hollande. L'ambiance promet d'être chaude à La Rochelle.

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