moyen orient

Le roi Abdallah laisse une Arabie saoudite en guerre

Le Royaume mène le conflit sur tous les fronts contre l’Iran chiite. Mais il est aussi directement menacé par les radicaux sunnites de l’Etat islamique

Abdallah laisse une Arabie saoudite en guerre

Monde arabe Le Royaumeest en conflitavec l’Iran chiite

Mais aussi avec les radicaux sunnites de l’Etat islamique

Il y a quelques mois, le roi Abdallah claquait la porte du Conseil de sécurité de l’ONU, au sein duquel son pays avait pourtant le droit de siéger pendant un semestre. Le motif: protester contre «l’impuissance» des Nations unies à mettre fin à la guerre qui ravage la Syrie.

Le roi Abdallah, mort vendredi, quitte une Arabie saoudite qui se sent elle-même plongée dans une guerre sans merci. La Syrie? Ce n’est que l’un de ses fronts. Le régime du président syrien Bachar el-Assad n’est vu que comme une simple marionnette d’un ennemi autrement plus dangereux et menaçant: l’Iran, ce «serpent» dont Abdallah invitait ses alliés américains à «couper la tête».

Gardienne des deux principaux lieux de l’islam, la maison des Saoud, aura eu fort à faire ces dernières années pour combattre tous ceux qui tirent parti d’un même type de légitimité.

Les Frères musulmans ont été délogés d’Egypte au motif qu’ils affichaient une telle assise religieuse. Mais pour Riyad, l’Iran chiite reste largement en tête de liste.

La guerre est partout: en Syrie, où le chiisme s’appuie sur le régime alaouite; mais aussi au Liban, où règne en maître le Hezbollah pro-iranien. A sa frontière même, l’Arabie saoudite d’Abdallah n’a pas hésité une seconde pour remettre au pas la population chiite de Bahreïn, immédiatement soupçonnée de faire elle aussi le jeu des Iraniens. «La lutte contre l’Iran chiite est devenue une obsession», note David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS). Dernier front en date: le Yémen, qui semble s’acheminer de plus en plus sûrement vers un conflit meurtrier entre les chiites Houthis, nichés eux aussi à la frontière de l’Arabie saoudite, et les tribus sunnites alliées au président Abd Rabbo Mansour Hadi, qui est au demeurant étroitement contrôlé par Riyad.

Cette guerre frontale contre le chiisme a amené l’Arabie saoudite du roi Abdallah à jouer une nouvelle fois avec le feu. En Syrie et au Liban, il ne fait pas de doute que Riyad a contribué, de manière directe ou indirecte, à «islamiser» l’opposition sunnite au régime de Bachar el-Assad et à ses alliés chiites. Actuellement, l’Arabie saoudite soutient un groupe dénommé Jaysh al-Islam (l’armée de l’islam), qui tente de faire pièce aux djihadistes de l’Etat islamique. Mais les alliances, en Syrie, sont mouvantes, et les armes passent facilement de main en main.

Intégrant la coalition internationale contre l’Etat islamique, l’Arabie saoudite n’a pas répondu seulement aux vœux des Etats-Unis, qui mènent cette coalition. Elle semble aussi avoir pris la mesure d’un danger qui la menace directement.

Partant d’Irak, les combattants de l’Etat islamique ont attaqué en début d’année un poste frontière, tuant trois personnes, dont un haut gradé saoudien. C’est une première.

Il y a une dizaine d’années, l’Arabie saoudite avait déjà commencé de sévir très violemment contre les sympathisants d’Al-Qaida qui la menaçaient de la même manière. D’un point de vue strictement militaire, il est clair que le Royaume a les moyens de se prémunir contre toute velléité de l’Etat islamique de porter les combats à proximité des lieux saints. D’ores et déjà, le Royaume a innové en mettant sur pied des camps de «déradicalisation» visant à ramener à la raison, à coups de dizaines de millions de dollars, ses propres ressortissants partis combattre en Irak ou en Syrie.

Toutefois, la lutte semble perdue du point de vue de l’idéologie. L’Etat islamique, qui possède de faramineuses ressources propres et n’a pas besoin du soutien des Saoud, s’appuie sur les mêmes références religieuses que les plus puristes des salafistes saoudiens. Une même haine des chiites les unit. A supposer que l’Etat islamique perdure, personne en Arabie saoudite ne doute que le «califat» autoproclamé de l’Etat islamique cherchera à s’emparer de la Mecque et de Médine. C’est une question de temps.

Sur tous ces fronts, le roi Abdallah n’avait pas la tâche facile. Avant de disparaître mystérieusement du paysage, c’est l’homme de l’ombre du régime saoudien, Bandar ben Sultan, qu’il avait chargé de concilier tous ces contraires. L’homme aurait déployé un zèle coupable: on suspecte qu’il aurait fait la part trop belle à l’Etat islamique en Syrie, ce qui aurait valu la colère américaine.

Pour le successeur d’Abdallah, la lutte contre l’Etat islamique sera donc pratiquement une question de survie. Mais dans la guerre déclarée contre l’Iran chiite, le prince Salmane aura toutes les peines du monde à continuer de mobiliser les extrémistes sunnites sans qu’ils ne tombent dans le camp ennemi de l’Etat islamique ou d’Al-Qaida.

La guerre est partout: en Syrie, au Liban, en Irak, désormais aussi au Yémen

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