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Juan Carlos aux côtés de sa femme, à Madrid, le 30 janvier dernier.
© Carlos Alvarez/Getty Images

Espagne

Le roi émérite Juan Carlos accusé de fraude fiscale

Corinna zu Sayn-Wittgenstein, ex-maîtresse du monarque, l’accuse de l’avoir utilisée pour cacher des fonds considérables en Suisse

La monarchie, qui a été éclaboussée, ces dernières années, par les affaires, pensait avoir redoré son blason et pouvoir enfin jouir, comme par le passé, de l’estime d’une bonne partie des Espagnols. Et ce, grâce surtout à l’image immaculée du roi Philippe VI, tout juste quinquagénaire, qui règne depuis l’abdication de son père, Juan Carlos, en juin 2014. Or, c’est précisément ce dernier par qui, aujourd’hui, le scandale public s’invite à nouveau: à en croire les deux titres de la presse nationale, El Español et Ok Diario, l’ancienne maîtresse du roi émérite, Corinna zu Sayn-Wittgenstein – une aristocrate allemande –, aurait nommément accusé l’ancien monarque d’avoir été coupable de fraude fiscale et de blanchiment d’argent. Ces confessions, enregistrées sur bande, constituent une bombe pour la monarchie et, plus largement, pour l’échiquier politique dominé par le roi, chef de l’Etat. Jusqu’à son abdication, Juan Carlos bénéficiait d’une immunité totale. Ce n’est plus le cas depuis lors.

Même si le gouvernement du socialiste Pedro Sánchez botte en touche («Ce sont des enregistrements anciens, cela n’affecte pas l’actuel monarque, nous ne prenons même pas en considération ces accusations», a dit la porte-parole de l’exécutif), l’affaire sent le soufre. Selon l’aristocrate allemande, longtemps logée aux frais de Juan Carlos non loin de la Zarzuela – la résidence royale au nord-ouest de Madrid –, le roi émérite, 80 ans et physiquement mal en point, aurait dans les années 2000 utilisé son rang «pour devenir multimillionnaire» à la suite de «présumées irrégularités».

«Un héritage mystérieux»

Son ancienne maîtresse, ici baptisée sa «chère amie», affirme avoir reçu de ses mains des documents confidentiels prouvant que Juan Carlos touchait de très importantes commissions sur des marchés d’Etat; elle parle notamment de 80 millions d’euros pour la construction d’un train rapide en Arabie saoudite. D’une manière générale, Corinna zu Sayn-Wittgenstein aurait été utilisée par l’ancien monarque pour occulter de l’argent détourné, tout comme son considérable patrimoine déposé sur des comptes suisses. Selon le journal El Español, une bonne partie de ce «considérable patrimoine proviendrait d’un héritage mystérieux et jamais confessé», reçu de son père, Juan de Borbon. De même source, Juan Carlos aurait profité de l’amnistie fiscale décrétée en 2012 par le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy pour rapatrier, et au passage blanchir, une bonne partie de ce capital.

Il est sidérant d’assister au silence pathétique des institutions espagnoles face à une affaire qui illustre la corruption endémique de notre système

Jesus Maraña, directeur du journal en ligne Infolibre

Pour l’heure, les magistrats du Tribunal suprême étudient la possibilité de prendre en compte ces gravissimes accusations pour mettre en examen le roi émérite. Etant donné que ces juges ont été nommés par les deux principales formations (Parti Populaire et Parti socialiste) – grands défenseurs de la monarchie –, il est peu vraisemblable que cela survienne. Mais, d’ores et déjà, le mal est fait. En termes d’image. Avec ses 67 députés, le parti Podemos vient d’exiger une commission d’enquête sur cette vénéneuse question.

«En démocratie, l’impunité ne peut régner. Personne ne peut être au-dessus des lois, quel que soit son nom», a dénoncé le député de Podemos Rafael Mayoral. «Il est sidérant d’assister au silence pathétique des institutions espagnoles face à une affaire qui illustre la corruption endémique de notre système», dénonce Jesus Maraña, directeur du journal en ligne Infolibre, qui se fait abondamment l’écho du scandale. Si cette affaire prend de l’ampleur, c’est une catastrophe pour la monarchie qui, depuis 2010, est l’objet de l’opprobre populaire en raison d’un détournement de fonds publics dont les responsables seraient l’infante Cristina, résidente à Genève, et son mari Urdangarin, récemment condamné à 6 ans de prison.

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