Le prince des Asturies, âgé de 46 ans, doit devenir le prochain roi d’Espagne sous le nom de Felipe VI. Le prince, aux côtés de la future reine, la princesse Letizia, occupait depuis plusieurs années une place croissante et a échappé jusqu’à présent à la chute de popularité qui frappe la monarchie espagnole.

«Le roi m’est apparu comme convaincu de ce que celui-ci était le meilleur moment pour que puissent se produire en toute normalité le changement à la tête de l’Etat et la transmission de la couronne au prince des Asturies», a déclaré Mariano Rajoy lors d’une déclaration institutionnelle exceptionnelle convoquée en urgence.

Le chef du gouvernement espagnol a convoqué «un Conseil des ministres extraordinaire» mardi. Pour ce processus d’abdication, il sera «nécessaire d’approuver une loi organique», a-t-il rappelé.

Le roi d’Espagne a annoncé ensuite dans un message télévisé qu’il abdiquait en faveur de son fils, le prince Felipe, afin d’impulser le «renouveau» de la monarchie. Evoquant la soif «en nous d’un élan de renouveau, de dépassement, de correction des erreurs», le monarque, âgé de 76 ans, a déclaré que son fils, «a la maturité, la préparation et le sens de la responsabilité nécessaires pour prendre avec toutes les garanties la tête de l’Etat et ouvrir une nouvelle étape d’espoir où seront alliées l’expérience acquise et l’impulsion d’une nouvelle génération».

Transition

Juan Carlos, monté sur le trône à la mort du dictateur Francisco Franco en novembre 1975, a construit sa popularité en menant la transition de l’Espagne vers la démocratie, avant de connaître une fin de règne marquée par les problèmes de santé et les scandales.

Le 23 février 1981, le jeune roi en uniforme militaire ordonnait, dans un message télévisé resté gravé dans les mémoires, aux officiers putschistes de la Garde civile qui occupaient alors le parlement de rentrer dans leurs casernes.

En déjouant cette tentative de coup d’Etat menée par le lieutenant-colonel Antonio Tejero, celui que le dictateur Francisco Franco avait, dès 1969, désigné comme son dauphin, s’imposait ce jour-là, avec éclat, comme le héros de la transition démocratique.

Enfance en partie en Suisse

Couronné à 37 ans, deux jours après la mort de Franco, Juan Carlos, qui a passé une partie de son enfance à Fribourg et Lausanne, aura accompagné le destin d’une Espagne sortie de la dictature pour rejoindre le cercle des grandes démocraties européennes.

Pendant des années, les manières simples et naturelles de ce chef d’Etat réputé proche de son peuple, menant discrètement sa vie privée, passionné de sport, notamment de voile et de ski, lui ont valu l’affection des Espagnols.

Grande figure de la démocratie espagnole, le roi Juan Carlos avait pourtant vu sa popularité sombrer sous les scandales qui ont entaché ses dernières années de règne.

D’abord le scandale judiciaire qui frappe sa fille cadette, Cristina, 48 ans, mise en examen pour fraude fiscale et blanchiment d’argent, et son époux, Iñaki Urdangarin, soupçonné de corruption.

«Ambassadeur de luxe»

La luxueuse partie de chasse à l’éléphant du printemps 2012 au Botswana, qui serait restée secrète si le roi n’avait pas été rapatrié d’urgence après une chute, avait choqué les Espagnols plongés dans la crise. Le tout se cumulant aux multiples ennuis de santé de Juan Carlos, qui a subi plusieurs opérations ces dernières années.

Apparu amaigri, chancelant sur ses béquilles, en début d’année, il affichait une meilleure santé ces dernières semaines et avait repris son agenda officiel.

Décrit comme «un ambassadeur de luxe pour l’Espagne» grâce à un épais agenda et de bonnes relations avec de nombreux dirigeants internationaux, le roi s’était encore rendu à la mi-mai en Arabie saoudite pour y rencontrer des responsables saoudiens dans le but de favoriser les relations commerciales entre les deux pays.