États-Unis

«Rolling Stone» humanise le terroriste présumé de Boston: polémique

Le célèbre magazine américain présente une enquête de 12 pages «captivante et déchirante, qui raconte comment un garçon charmant avec l’avenir devant lui est devenu un monstre». Et se fait accuser de malsaine complaisance, en starisant le jeune homme

Les uns disent que c’est Bob Dylan dans ses jeunes années. D’autres songent à la célèbre couverture avec Jim Morrison, parue lors de sa mort. Le magazine Rolling Stone a provoqué une vive polémique aux Etats-Unis en publiant cette semaine, en couverture de son magazine daté du mois d’août, une photo de Djokhar Tsarnaev, l’un des deux auteurs présumés des attentats de Boston en avril dernier, qui ont fait deux morts et blessé près de 260 personnes.

D’emblée, les critiques estiment que le magazine a fait du plus jeune frère Tsarnaev une star de rock. C’est l’avis de la professeure de communication à l’Université de Pennsylvanie Kathleen Hall Jamieson, citée par Associated Press: «Je n’arrive pas à penser à un autre cas où on enjolive à ce point l’image d’un terroriste présumé.» Or, la même image a déjà été utilisée ailleurs et par d’autres journaux. Mais, en l’occurrence, l’effet esthétisant produit par Rolling Stone suscite des réactions outrées. Beaucoup se demandent comment on peut humaniser à ce point un terroriste qui a mutilé des dizaines de personnes qui assistaient ou participaient au marathon, principale manifestation sportive de Boston.

Victime de sa famille

Selon les premiers commentaires sur l’article proprement dit (il y en avait plus de 2400 quelques heures après la mise en ligne de l’article, ce jeudi matin), Djokhar Tsarnaev apparaît comme une victime d’une famille aux abois. Le journaliste titre son article «Le monde de Jahar», le surnom que lui donnaient ses amis. La couverture est elle-même explicite: «Le poseur de bombe: Comment un jeune socialement apprécié et prometteur a été négligé par sa famille, a cédé à l’islam radical et est devenu un monstre.» Des commentaires sont outrés et appellent au boycott. D’autres remercient le magazine d’avoir enquêté en profondeur.

Plusieurs points de vente ont déjà promis qu’ils ne vendraient pas le magazine controversé. Rolling Stone a répliqué que c’était plutôt une manière intéressante de montrer la complexité du parcours d’un jeune apparemment intégré qui a été capable de commettre un acte aussi atroce.

Il y a un peu plus d’une semaine, Djokhar Tsarnaev, 19 ans, qui est, contrairement à son frère Tamerlan, sorti vivant de la traque orchestrée par la police quelques jours après les attentats, a plaidé non coupable devant une cour de la ville de la Nouvelle-Angleterre. A cette occasion, une dizaine de jeunes filles portaient des t-shirts et autocollants à l’effigie de Djokhar Tsarnaev, qu’elles considèrent comme mignon.

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