Orphelin à 4 ans et élevé par un oncle, Roman Abramovitch, 36 ans, élu gouverneur en 2001 de la Tchoukokta, une des régions les plus froides et les plus éloignées de Russie, est surtout connu comme le plus discret des oligarques. Mais sans doute pas le moins influent, contrôlant un nombre incalculable de sociétés, dont les premières ont été fondées dès 1992 grâce entre autres à ses bonnes relations avec la fille de Eltsine. C'est en s'alliant à Boris Berezovski qu'il prend le contrôle de Sibneft, quatrième compagnie pétrolière russe, en 1996, lors d'une vente aux enchères, à laquelle ne participent évidemment que des sociétés contrôlées en sous-main par lui-même ou Berezovski.

Soupçonné dans les années 1990 du vol d'un train entier de diesel – l'affaire a été rapidement étouffée – il fait partie de ces oligarques qui ont financé la réélection de Eltsine et ont été généreusement remerciés. Il contrôle également la moitié du consortium russe de l'aluminium, a acquis l'an dernier, pour un prix sous-évalué et en compagnie du banquier Mikhaïl Friedman, la compagnie pétrolière Slavneft, grâce à ses bonnes relations politiques. A la différence de son maître Berezovski, Abramovitch a su adopter un profil bas lors du départ de Eltsine et se concilier les faveurs de Poutine. Jusqu'à ces derniers jours du moins.

Sa fortune évaluée à près de 6 milliards de dollars, gérés par sa société londonienne Millhouse Capital, en fait le deuxième homme le plus riche de Russie. Également propriétaire d'une chaîne de télévision, il a revendu en mars dernier ses participations dans la compagnie aérienne Aeroflot.

Mais c'est dans son jet personnel – un Boeing 767 – qu'il est venu prendre possession de sa dernière folie, le club londonien de Chelsea. L'achat de cette équipe de foot a été sévèrement jugé en Russie: «C'est une erreur stupide, n'importe qui peut se demander maintenant s'il n'aurait pas mieux fait d'en faire plus pour la Tchoukotka au lieu de dépenser des millions dans le football. Il peut être attaqué pour cela», estime le politologue Andreï Riabov. N'empêche: lors de la fusion Yukos-Sibneft, Abramovitch a empoché 3 milliards de dollars et est devenu, avec 26%, l'un de principaux actionnaires de la nouvelle structure. De quoi voir venir, même en exil.