Romano Prodi s'en est pris vertement mercredi aux gouvernements des Quinze. Le président désigné de la Commission européenne les a critiqués pour leur désorganisation dans la reconstruction du Kosovo et leur manque d'ambition sur la réforme des institutions européennes, passage obligé avant l'élargissement à l'Est.

«Je crains de plus en plus que la capacité d'organiser la guerre l'emporte de loin sur notre capacité à coordonner la reconstruction des vies brisées des gens», a déploré Romano Prodi en présentant ses 19 commissaires devant le Parlement européen à Strasbourg. «On a passé un temps plus que suffisant à des querelles diplomatiques pour déterminer qui devrait coordonner l'effort de reconstruction», s'est encore plaint le successeur de Jacques Santer, qui semble assuré d'obtenir l'investiture de son équipe par l'Assemblée à la mi-septembre.

Romano Prodi, qui a promis aux eurodéputés de faire de la Commission «une entreprise de niveau mondial», a également reproché aux Quinze de vouloir limiter la prochaine réforme

des institutions européennes à un simple toilettage. «Ce serait une erreur de dimension historique que de voir l'Union européenne lancer à Helsinki (où se tiendra en décembre un sommet européen, n.d.l.r.) une conférence intergouvernementale de portée limitée par défaut, simplement par crainte collective de regarder en face les véritables défis du futur élargissement» à l'Est, a mis en garde «Il Professore».

Mais à Strasbourg, chacun a ses priorités. Emma Bonino, la commissaire européenne sortante à l'Aide humanitaire, tentait pour sa part hier de maintenir en vie le «groupe technique des députés indépendants» qu'elle a créé avec… Jean-Marie Le Pen, le leader de l'extrême droite française. Outre les sept sympathisants de la radicale italienne et les cinq élus du Front national, cette coalition hétéroclite réunit également deux représentants du Vlams Blok belge, un parti extrémiste qui prône l'indépendance de la Flandre, et quatre députés de la Ligue du Nord italienne.

C'est que la création d'un groupe offre des avantages. Il permet à ses membres de disposer d'un temps de parole, d'un financement et d'un secréta-

riat. Mais voilà, il faut au moins 18 députés, originaires de trois pays, pour former un groupe. Or l'alliance contre nature passée entre Emma Bonino et Jean-Marie Le Pen pourrait avoir la vie courte. Hier soir, elle ne comptait déjà plus que 19 élus, après la défection des neuf représentants de l'Alliance nationale (post-fasciste) italienne et des huit membres du FPÖ, le parti autrichien d'extrême droite de Jörg Haider.