Bien que les Etats-Unis aient accepté d'associer l'Italie à l'enquête sur la mort de Nicola Calipari, vendredi dernier à Bagdad, le ton est monté d'un cran hier entre Rome et Washington. Devant la Chambre des députés, le ministre des Affaires étrangères, Gianfranco Fini, a en effet exigé avec force une clarification concernant la fusillade qui a coûté la vie au responsable des services secrets transalpins. «Il faut déterminer les responsabilités» et, le cas échéant, «demander et obtenir que les coupables soient punis», a-t-il insisté.

Tout en estimant que la thèse selon laquelle Nicola Calipari aurait été victime d'un guet-apens est «absolument sans fondement», le chef de la diplomatie italienne n'a pas hésité à étaler les différences entre les versions fournies par les deux pays: notre «reconstruction de l'événement ne coïncide pas totalement avec celle communiquée par les autorités américaines», a-t-il précisé.

Gianfranco Fini a notamment souligné que, selon lui, Nicola Calipari n'a commis aucune erreur et que les militaires américains étaient parfaitement au courant du passage de la voiture qui se dirigeait vers l'aéroport: «Le major des services italiens qui conduisait la Toyota Corolla nous a fait savoir que Calipari a téléphoné de la voiture au fonctionnaire du Sismi (services secrets italiens) qui se trouvait à l'aéroport avec l'officier américain pour les avertir de leur arrivée. […] En outre, le fonctionnaire du Sismi nous a assuré que l'allure de la voiture ne dépassait pas les 40 km/h et que personne n'a ordonné au véhicule de s'arrêter: un projecteur a simplement été pointé vers la voiture et des coups de feu sont partis, tirés probablement par plusieurs armes automatiques, pendant 10 à 15 secondes.»

Zones d'ombre

Jusqu'à présent, les responsables américains ont prétendu que «les forces de la coalition ont ouvert le feu sur un véhicule approchant à grande vitesse» vers un barrage. Hier, interrogé sur l'existence d'un contact entre les Italiens et les militaires américains annonçant le passage de la voiture vers l'aéroport, le général George Casey, commandant de la force multinationale en Irak, s'est contenté de déclarer: «Je n'ai personnellement aucune indication allant dans ce sens.»

«La reconstruction des faits est encore partielle», a cependant reconnu le ministre des Affaires étrangères. Il reste des points à éclaircir, en particulier le mode d'action de la patrouille qui a tiré. A-t-elle agi de manière isolée ou dans le cadre d'une coordination?»

L'intervention de Gianfranco Fini n'a en effet pas permis de dissiper toutes les zones d'ombre. Le chef de la diplomatie a même contredit le président du Conseil Silvio Berlusconi à propos du nombre de personnes qui se trouvaient dans la voiture au moment de la fusillade. Vendredi soir, quelques heures seulement après la tragédie, le chef du gouvernement avait en effet affirmé devant la presse: «Il y avait dans la voiture trois fonctionnaires du Sismi et madame Sgrena.» Hier, Gianfranco Fini a juré que Nicola Calipari n'était accompagné que d'un seul collègue…

Pour ajouter à la confusion, les ravisseurs présumés de Giuliana Sgrena ont fait hier parvenir une cassette vidéo reprenant des images de la journaliste dans laquelle une voix d'homme affirme qu'une rançon a été offerte mais que «la résistance refuse d'être payée». Lundi soir, le ministre des Affaires européennes, Rocco Buttiglione, avait pour sa part lâché: «Il est possible qu'une aide humanitaire ait été fournie à des groupes religieux sunnites en contact avec les ravisseurs de Giuliana Sgrena.»