Rome et Milan, les plus grandes rivales italiennes, se défient aujourd’hui malgré elles sur le front des scandales. Le maire de la capitale, Virginia Raggi (Mouvement 5 étoiles), est tourmenté par l’arrestation d’un proche collaborateur. Celui de la métropole lombarde, Giuseppe Sala (Parti démocrate), est pris dans une affaire liée à l’Exposition universelle de l’an dernier.

Les deux principaux partis de la péninsule touchés

Raffaele Marra, d’abord au sein du cabinet du Capitole romain puis chef du personnel de la mairie de Rome, a été arrêté jeudi et conduit en prison. Considéré comme le bras droit de Virginia Raggi, il est accusé de corruption. Selon la presse transalpine, il aurait touché un pot-de-vin de 367 000 euros pour l’achat d’un logement public.

Le même jour, quelque 600 kilomètres plus au nord, Giuseppe Sala a expliqué au préfet sa décision de s’auto-suspendre. Il apprenait la nuit précédente être sous enquête pour «faux matériel» et «faux idéologique» commis en 2012 lors de l’appel d’offres du principal contrat pour le début des travaux de l’Expo 2015. Un membre de la commission devant attribuer ce contrat aurait été substitué de manière jugée suspecte et en des temps restreints. Giuseppe Sala était alors commissaire de l’Expo. Il avait été épargné jusqu’à aujourd’hui par les scandales de corruption autour du projet révélés en 2014.

«L’administration va de l’avant»

Le maire de la capitale lombarde a fait un pas de côté sans «avoir la moindre idée des hypothèses de l’enquête». «Jusqu’à ce que le cadre accusatoire ne se précise, a-t-il écrit, je retiens ne pas pouvoir exercer mes fonctions institutionnelles.» La réaction de son homologue romaine est diamétralement opposée. «L’administration va de l’avant», a lancé Virginia Raggi devant la presse. Elle a appris «avec surprise» l’arrestation de son proche collaborateur. «Nous avions confiance en lui. Nous nous sommes probablement trompés et pour cela nous en sommes désolés», a-t-elle encore affirmé.

Ces deux maires représentent les deux principaux partis de la péninsule, aujourd’hui au coude-à-coude dans les intentions de vote. Lors des dernières élections administratives, en juin dernier, le Parti démocrate (PD, centre gauche) a remporté la mairie de Milan, et le Mouvement 5 étoiles (M5S), celle de Rome. Matteo Renzi, ancien premier ministre et secrétaire du PD, et Beppe Grillo, fondateur du M5S, considéraient les deux villes comme leur vitrine politique. Elles le sont d’autant plus aujourd’hui, à l’approche de possibles élections nationales anticipées suivant la démission du président du Conseil.

«Capitale morale»

Rome devait être pour le mouvement étoilé un modèle de gestion après la catastrophique fin de mandat du maire PD Ignazio Marino. Quant à Milan, elle était considérée par les démocrates comme la «capitale morale» du pays après le succès de l’Exposition universelle auquel a contribué Giuseppe Sala. Raffale Cantone, président de l’Autorité nationale anticorruption, l’avait baptisée ainsi après avoir enquêté sur les scandales de corruption qui avaient éclaté un an plus tôt. Il avait ajouté que Rome, alors empêtrée dans l’affaire Mafia Capitale, n’avait «pas les anticorps nécessaires».

Le Mouvement 5 étoiles, n’ayant pour l’heure pas réussi à développer ces anticorps, se déchire sur l’affaire Marra. Ce dernier était l’une des principales figures de l’administration romaine de ces dix dernières années. «Le Raspoutine du Capitole», selon le quotidien La Repubblica. Malgré ses liens avec des personnalités empêtrées dans le scandale Mafia Capitale, en 2013, Virginia Raggi a décidé de le garder dans son administration, au grand dam d’une partie du M5S. Elle l’a défendu bec et ongles malgré les doutes de Beppe Grillo ou quand la députée Roberta Lombardi l’a défini comme le «virus qui a infecté le mouvement». La justice a finalement tranché.

Rivalité entre les deux métropoles

La jeune avocate doit gérer aujourd’hui ce scandale après la démission cette semaine de son adjointe à l’Environnement. Paola Muraro était elle aussi contestée par le parti étoilé notamment pour ses liens avec les administrations passées. L’opposition n’a donc pas manqué de dénoncer le manque de transparence de Virginia Raggi, pourtant l’un des principaux piliers du M5S. Jeudi, après avoir lu sa déclaration, elle s’en est allée sans répondre aux questions des journalistes.

En se mettant en retrait, le maire de Milan a paradoxalement respecté la ligne édictée par le M5S dans ce genre d’affaire. En annonçant se présenter devant le Conseil communal la semaine prochaine pour s’expliquer, Giuseppe Sala joue la transparence si chère au parti rival. Les deux maires ont ainsi ouvert une nouvelle page dans l’Histoire des rivalités des deux plus grandes villes italiennes.