La présidence italienne des Quinze ne fait rien comme les autres. Alors que Bruxelles s'est longtemps interrogé sur ses priorités et sur la manière dont Rome entendait les présenter, voilà que cette semaine, toute une brochette de ministres débarquent dans la capitale européenne et présentent les uns après les autres, multipliant les conférences et les discours, leurs programmes respectifs.

Franco Frattini, le chef de la diplomatie italienne, a été l'un des premiers à se prêter, lundi, à l'exercice. Devant la commission des Affaires étrangères, puis devant celle de la Justice, le ministre a exposé le vaste programme de sa présidence, qui veut pêle-mêle renforcer les liens de l'Europe avec la Russie et Israël – on ne parle plus d'adhésion de ces deux pays comme l'avait fait il y a quelques mois Silvio Berlusconi –, stabiliser le Proche Orient, engager l'Europe plus avant dans la reconstruction irakienne, maintenir un dialogue critique et ferme avec Téhéran et, surtout, resserrer les liens transatlantiques. Malgré ce dernier engagement, Rome veut passer de la «réaffirmation des valeurs partagées» entre l'Union et Washington à l'«action concrète».

Franco Frattini a beaucoup insisté sur le fond de cet ambitieux programme, détaillant avec force les étapes que veut franchir la présidence italienne. La plupart des députés ont joué le jeu, même si un communiste grec estimait que «s'il n'avait pas l'intention de répondre aux questions, cela ne sert à rien de discuter avec lui». Interpellé par un représentant de la gauche italienne sur le récent voyage de Silvio Berlusconi en Israël, où le chef du gouvernement italien avait refusé de rencontrer Yasser Arafat, Franco Frattini a promis que Rome traiterait à l'avenir du dossier «sur un mode équilibré, par devoir».

Même s'il s'est refusé à tout commentaire sur le «démarrage impressionnant de la présidence italienne» – selon les termes d'un autre membre de la commission des Affaires étrangères – le chef de la diplomatie italienne était aussi là pour rétablir de bons rapports avec les eurodéputés, rendus furieux par l'éclat de Silvio Berlusconi la semaine passée à Strasbourg. Il a tenu à féliciter à plusieurs reprises les parlementaires pour le «contenu élevé de la discussion», pour leurs «commentaires» et leurs «conseils», et promis que la présidence italienne avait inauguré ce lundi «une méthode de travail qui veut avoir avec le parlement un interlocuteur de tous les instants».