«Le roi est nu.» L’ancien premier ministre Matteo Renzi a retiré mercredi sa confiance au gouvernement de Giuseppe Conte, brisant de fait la majorité qui le soutenait. En annonçant le retrait de deux ministres et d’un sous-secrétaire d’Etat membres de son parti, Italia Viva, le sénateur florentin a formellement ouvert une crise politique. Au président du Conseil maintenant de préparer le prochain coup: vérifier devant le parlement s’il dispose toujours du soutien des Chambres ou présenter sa démission. «J’espère que l’on n’arrivera pas à cela», soupirait-il pourtant au milieu d’une meute de journalistes quelques heures plus tôt.

Le «recovery fund», le plan de relance européen, est officiellement à l’origine de l’affrontement entre les deux hommes. Selon Matteo Renzi, le problème remonte au mois de juillet, lorsque le gouvernement a fait la sourde oreille à sa proposition d’utiliser les plus de 200 milliards d’euros mis à la disposition de l’Italie par Bruxelles. Giuseppe Conte a tenu alors compte des réactions d’une partie encore eurosceptique du Mouvement 5 étoiles, l’actionnaire majoritaire de son exécutif.

Concentration des pouvoirs

Le sénateur a fustigé par la suite la manière dont le premier ministre décidait d’utiliser ces fonds. Et reproché une concentration des pouvoirs et un court-circuitage du parlement.

«Nous avons participé à la création de ce gouvernement pour éviter de donner les pleins pouvoir à Matteo Salvini», le secrétaire du parti d’extrême droite, la Ligue, a répété mercredi Matteo Renzi, «nous ne permettrons à personne d’avoir les pleins pouvoirs.» Il a aussi condamné le manque de vision de son successeur. La pandémie «ne peut pas être la seule raison permettant à l’exécutif de tenir debout», a-t-il martelé. Quelle proposition donc? Matteo Renzi n’a pas exclu une nouvelle équipe gouvernementale menée par Giuseppe Conte, ni «aucune autre formule», l’extrême droite au pouvoir mise à part.

L’ancien premier ministre a résumé en une phrase tout le paradoxe de ce conflit pour beaucoup incompréhensible en pleine pandémie. La moitié des Italiens n’en a «pas compris les raisons», selon un sondage publié mercredi par le quotidien Il Corriere della Sera. «Le pays ne comprendrait pas une crise dans une situation aussi difficile», lui a fait écho Giuseppe Conte dans l’après-midi, avant de proposer un «pacte pour la fin de la législature» en 2023. «C’est justement parce qu’il y a une pandémie qu’il faut respecter les règles démocratique», s’est défendu plus tard le sénateur. Mais trois quarts des sondés pensent que «Matteo Renzi poursuit ses propres intérêts».

De 9 à près de 20 milliards

La crise est d’autant plus déroutante que Giuseppe Conte a répondu aux propositions avancées par son rival. Il a par exemple doublé de 9 à près de 20 milliards d’euros les fonds européens qu’il a promis d’allouer au domaine de la santé. A l’été 2019, il résistait au Matteo de droite quand, au cœur de l’été, Salvini visait à le faire tomber pour prendre les rênes du pays. Un an et demi plus tard, il est formellement engagé dans un nouveau bras de fer avec le Matteo de gauche.