Europe

À Rome, une morne mobilisation pour l’Union européenne

Les 27 chefs d’Etat et de gouvernement européens ont signé samedi la Déclaration de Rome, 60 ans après la signature des traités ayant permis la naissance de l’Union européenne. Les promoteurs et les détracteurs de l’Europe ont organisé pas moins de six manifestations, sans réussir à mobiliser

Mario est enveloppé dans son drapeau européen. Ce retraité italien de 82 ans serre fort contre lui les étoiles jaunes sur fond bleu. Il manifeste son soutien à l’Union européenne au pied du Capitole, siège de la mairie de la capitale italienne où se trouvent les 27 dirigeants européens venus célébrer l’anniversaire des 60 ans des Traités de Rome, ayant permis la naissance de l’UE, mais endeuillés par l’absence des Britanniques.

Lire notre compte-rendu de la journée: L'UE, 60 ans, pas sûre de faire encore beaucoup rêver

«Nous rêvions d’Etats-Unis d’Europe, se rappelle cet ancien paysan d’Ancône, dans les Marches, venu à Rome exprès pour les festivités. Si elles n’ont pas été réalisées, notre union a néanmoins permis six décennies ans de paix.» Dans sa main, il brandit une pancarte exaltant ce succès: «les frontières nationales en Europe sont le passé et la guerre.» Si Mario en reconnaît les limites, il la défend bec et ongles. «Quand il pleut dans une maison, il faut réparer le toit, il ne faut pas la détruire», lâche-t-il.

Le vieil homme participe à l’une des six manifestations organisées dans la Ville Eternelle, quadrillée par les forces de l’ordre. La sécurité a été renforcée après l’attentat de Londres, mercredi. Cinq mille agents des forces de l’ordre contrôlent tout le centre ville. Trente mille personnes étaient attendues. Mais en fin de journée, les partisans de l’Europe, comme ses détracteurs, n’avaient mobilisé que quelques milliers de manifestants.

Dès le milieu de la nuit, samedi, les zones du Capitole et du forum romain ont été complètement fermées. Les chefs d’Etat et de gouvernement européens sont arrivés à 9h00 au Capitole. Le défilé des 27, accueillis notamment par le président du Conseil italien, Paolo Gentiloni, et par le président du Conseil européen, Donald Tusk, est digne du tapis rouge du festival de Cannes. Les voitures des dirigeants, l’une après l’autre, s’arrêtent devant le palais des Conservateurs. Un parterre de photographes attend les dirigeants avant qu’ils ne pénètrent dans le bâtiment où ils signeront, deux heures plus tard, la Déclaration de Rome.

La presse transalpine s’est pour l’occasion amusée de manquements dans le dispositif protocolaire. Certains politiques sont en effet entrés dans le Capitole manquant presque de saluer la maire de Rome, Virginia Raggi, issue du Mouvement 5 étoiles, le parti antisystème de l’humoriste Beppe Grillo. «Mais c’est vous la maire?», s’est même étonnée la chancelière allemande Angela Merkel, visiblement prise de court.

Une fois la cérémonie achevée, les 27 leaders se rendent alors au palais du Quirinal, siège de la présidence italienne, pour y déjeuner. Le cortège de Mario, le retraité fédéraliste, se met dans le même temps en marche en direction du Colisée. Plusieurs milliers de personnes chantent des slogans en faveur de l’Europe, dont l’un adressé directement au nouveau président américain, Donald Trump: «Europe first».

Le défilé est bleu de drapeaux européens. Il contraste avec le rouge des drapeaux communistes inondant la manifestation «Euro stop», dans le Testaccio, à deux kilomètres au sud du Colisée. Ce quartier populaire est sous haute surveillance. Les forces de l’ordre et ses nombreux fourgons patrouillent chaque rue. Elles craignent l’infiltration de «black blocs» et de possibles tensions, qui n’auront pas lieu. Parmi les manifestants, Alfredo arrive tout juste de Londres, où il travaille. Ce jeune homme de 28 ans croit qu’il est impossible de faire changer l’Europe et préférerait que son pays, l’Italie, en sorte.

Le cortège rejoint le Tibre et remonte jusqu’au niveau du Capitole. Les manifestants sont attendus puis bloqués un instant par la police. Sur le trottoir, quand ils ne s’arrêtent pas pour observer, badauds et touristes continuent de longer le fleuve. Une marche de plusieurs centaines de mètres au bord de l’eau les lâche nez à nez avec des sacs mortuaires et une vingtaine de personnes enfermées dans une cage.

L’installation de plusieurs ONG, dont Médecins sans frontières, est l’image la plus forte de cette journée.

Elles réclament une Europe plus solidaire et plus humaine, critiquant la politique migratoire de l’Union, notamment les accords passés avec la Turquie et avec la Libye. Sous le pont Saint-Ange, à deux pas du Vatican, flotte un radeau aux couleurs européennes entouré de fils barbelés. Il représente un «terrain sur lequel vous pensez pouvoir vous sauver mais où en réalité, vous ne pouvez pas arriver, détaille un activiste. Nous avons amené la Méditerranée à Rome» pour rappeler aux dirigeants que 5000 personnes y ont perdu la vie en 2016.

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