Vingt-quatre ans après l'assassinat du commissaire de police Luigi Calabresi, et neuf ans après son incarcération pour ce crime qu'il a toujours nié, l'ancien militant d'extrême gauche Ovidio Bompressi a été gracié mercredi. Comme premier acte officiel en tant que ministre de la Justice du gouvernement Prodi, Clemente Mastella a en effet présenté la demande de grâce au nouveau chef de l'Etat, Giorgio Napolitano, qui l'a immédiatement signée.

«Le cauchemar est terminé», a fait savoir l'ex-dirigeant de Lotta Continua (LC) dont la condamnation avec Adriano Sofri et Giorgio Pietrostefani (toujours en cavale), pour l'assassinat de Calabresi constitue l'une des affaires les plus controversées de l'histoire politico-judiciaire de l'Italie. Symboliquement, cette grâce apparaît ainsi comme une volonté du nouveau gouvernement de tourner la page des années de plomb.

«Période historique»

Clemente Mastella a indiqué qu'une mesure de clémence similaire en faveur d'Adriano Sofri - qui, pour sa part, n'a pas déposé de demande de grâce - devrait intervenir «d'ici à la fin de l'année». «C'est une période historique qui commence à se refermer», s'est félicité le sénateur (démocrate de gauche) Gerardo D'Ambrosio, qui fut pourtant procureur au procès de Milan contre les trois activistes d'extrême gauche.

Condamnés à 22 ans de prison, pour le meurtre, en mai 1972, du commissaire Calabresi, Ovidio Bompressi et Adriano Sofri ont toujours proclamé qu'ils étaient étrangers à l'élimination du policier, lequel était soupçonné d'avoir provoqué la mort, en 1969, de l'anarchiste Giuseppe Pinelli. Pour les défenseurs des trois militants de LC, la sentence a constitué une erreur autant qu'un acharnement judiciaire. En frappant les responsables du principal mouvement d'extrême gauche du début des années1970, ont-ils soutenu, ce sont les groupes politiques extraparlementaires dont certains ont sombré dans le terrorisme qu'on aurait voulu condamner. D'autant que Bompressi, Pietrostefani et Sofri ont été jugés coupables uniquement sur la base du témoignage tardif et suspect de Leonardo Marino, un ancien militant de LC.

Incarcérés en 1997, les anciens dirigeants de LC ont depuis longtemps abandonné la lutte révolutionnaire. Adriano Sofri est même devenu l'une des figures intellectuelles les plus respectées du pays. Si à droite, certains responsables continuent de voir la grâce présidentielle accordée à Bompresi comme une «injustice» d'autres ont publiquement souhaité que «la mesure soit l'acte initial d'une réconciliation nationale».