Il a remporté la primaire de la droite française sur une promesse de rupture. Il a fait mentir les sondages qui le donnèrent longtemps troisième homme de la campagne. Sa campagne de terrain a payé. Son programme économique libéral-conservateur, qui propose une rupture forte, a convaincu dans son camp et fait mordre la poussière à Alain Juppé, cantonné à un score-plafond d’environ 30% des voix.

N’empêche: s’il veut accéder à l’Elysée, François Fillon devra dépasser la seule dynamique de cette primaire. Il devra rassembler. Il lui faudra vite démontrer qu’il peut être le président de tous les Français, et pas seulement celui de la droite qui vient de lui accorder nettement sa confiance lors de deux tours de cette qualification. C’est ce qu’il a promis dans son discours dimanche soir, avec assurance. Mais sans rien céder sur le fond.

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Les populations âgées et aisées mobilisées

La composition de l’électorat de ce dimanche permet de mieux comprendre ce qui s’est passé. A nouveau, ce sont les retraités et les catégories socioprofessionnelles aisées qui se sont déplacées majoritairement dimanche. C’est un public de droite traditionnel qui a élu François Fillon. Quid des jeunes? Qui des électeurs du centre? Et surtout, quel positionnement adopter pour l’emporter face à celle que tous les sondages donnent déjà finaliste au second tour de la présidentielle, le 7 mai 2017: la présidente du Front National Marine Le Pen?

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Tout commence, en somme, pour l’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy. Avec une référence: la victoire, justement, de ce dernier en 2007. C’est sur une promesse identique de rupture que Nicolas Sarkozy – qui lui a apporté son soutien personnel dès le soir du premier tour, tout en annonçant son retrait de la vie politique – l’avait emporté. C’est grâce à son discours musclé qu’il avait pris des électeurs au FN. Lequel avait alors réalisé l’un de ses plus mauvais scores présidentiels (10,44% pour Jean-Marie Le Pen).

Refaire, donc, le scénario de 2007

On imagine François Fillon persuadé que ce scénario peut être réédité. En profitant de la désorganisation et des divisions d’une gauche française prise au piège du bilan controversé du quinquennat auprès de son électorat, et de l’impopularité record du président François Hollande. Reste l’interrogation du centre: entre le vétéran François Bayrou, déjà trois fois candidat à l’Elysée (2002-2007-2012) qui se prépare à se lancer de nouveau dans la course et l’ancien ministre de l’économie Emmanuel Macron, cet électorat-pivot est aujourd’hui très courtisé. Le désormais candidat de la droite ne peut pas se permettre de repousser ces électeurs capables, au second tour en mai 2017, de faire la différence à son profit.

C’est l’ironie personnelle de cette primaire, laquelle est, une fois encore, un véritable succès pour le camp conservateur auquel elle devrait rapporter gros, y compris financièrement: l’éternel «second» François Fillon, l’ex premier ministre «humilié» par Nicolas Sarkozy accède sans discussion à la première place de la droite et promet, au fond, ce que l’ancien président avait renoncé à faire entre 2007 et 2012: changer radicalement la France.

Son positionnement sur les «valeurs», populaire dans les franges les plus catholiques et traditionnelles de l’électorat, a l’avantage de séduire les électeurs conservateurs partis vers le FN. Mais à l’inverse, cette campagne primaire très à droite sur les questions économiques (réduction drastique du nombre de fonctionnaires, réforme de l’assurance-maladie, déréglementation de la durée hebdomadaire du travail, baisse de charges pour les entreprises…) l’expose, de la part de la gauche et de l’extrême droite, à une offensive conjuguée contre le «casseur social» Fillon. La bataille politique se clarifie, mais elle ne fait que commencer.

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