Etats-Unis

Ron Paul, le phénomène libertarien

L’élu du Texas, 76 ans, talonne le favori Mitt Romney dans les sondages. Portrait de ce libertarien qui séduit pacifistes et anti-étatistes

A deux heures au sud-est de Des Moines, la capitale de l’Iowa, le Maharishi Mahesh Yogi attire sans discontinuer depuis les années 1970 les adeptes de la méditation. Dans un comté où cohabitent fermiers, spécialistes des technologies de l’information et stylistes fabriquant des vêtements bio, le centre paraît coupé des contingences de la politique américaine. Et pourtant. C’est là que le candidat libertarien à l’investiture républicaine, le franc-tireur Ron Paul, recense ses plus fervents partisans dans le cadre des primaires pour la présidentielle américaine.

Pour ces adeptes de la méditation transcendantale, celui qui demande, contre l’avis de son parti, l’abolition du Patriot Act (loi antiterroriste) pour sauvegarder la liberté des Américains et exige que les Etats-Unis cessent toute guerre est un artisan de la paix qui mérite leur soutien.

Il est ainsi le seul à ouvertement manifester son opposition à une attaque américaine contre l’Iran pour empêcher Téhéran d’acquérir l’arme nucléaire. Favorable à un retrait des troupes américaines d’Afghanistan, mais aussi d’Allemagne, de Corée du Sud et du Japon, il plaide pour que les Etats-Unis se retirent de l’ONU et de l’OTAN, abolissent la CIA et suppriment toute aide à l’étranger. Directeur du Paul Simon Public Policy Institute et commentateur avisé de la politique américaine, David Yepsen ne s’étonne pas de cette posture: «Cette tendance isolationniste existe depuis des générations aux Etats-Unis. Pour Ron Paul, il est temps d’utiliser les forces du pays pour résoudre les problèmes internes qui minent l’Amérique.»

Le représentant républicain du Texas, obstétricien excentrique et parfois bougon de 76 ans, a réussi un coup en Iowa en menaçant le favori Mitt Romney dans les sondages des derniers jours.

Sa recette? Une équipe de campagne très organisée et un discours tranchant qui séduit un électorat hétéroclite: des démocrates déçus, des conservateurs qui dénoncent la faillite financière des Etats-Unis, criblés de ­dettes, des militants anti-guerre et des libertariens.

Parmi ses adeptes, un nombre étonnant de jeunes électeurs attirés par ses vues sur la libéralisation de certaines drogues dont la marijuana.

Les autres candidats incarnent tous le statu quo, explique Ron Paul: «Ils se fichent des libertés indivuelles. Or la responsabilité la plus importante du gouvernement est de protéger la liberté, et non pas de jouer les gendarmes du monde ou de soutenir un Etat social.» Il est persuadé que 80% des dépenses de l’Etat américain sont inconstitutionnelles.

Inspiré par les tenants de l’Ecole autrichienne d’économie, Friedrich Hayek et Ludwig von Mises en tête, il souhaite abolir tous les ministères fédéraux à l’exception de trois. La Federal Reserve, la banque centrale américaine, est le mal absolu et doit être abolie pour avoir «détruit le dollar». Son anti-étatisme, qui en fait un père spirituel du Tea Party, confine parfois à une forme d’anarchisme.

Ron Paul a déjà gagné un pari. Il a réussi à pousser le Parti républicain à adopter sa ligne dure sur la taille de l’administration et le rôle du gouvernement. Peut-il décrocher l’investiture républicaine? C’est hautement improbable. L’intéressé n’y croit pas lui-même. Interviewé lundi soir à Des Moines par la chaîne ABC, il a avoué ne pas se voir travailler un jour dans le Bureau ovale: «Je suis réaliste. Vous savez que mes chances sont maigres.» Cela n’en fait pas un candidat insignifiant pour autant. «Ce qui importe ici en Iowa, ce n’est pas tant la personnalité de Ron Paul que le message qu’il véhicule», analyse David Yepsen.

Ron Paul, qui se targue d’avoir mis au monde plus de 4000 nouveau-nés, a, en raison de son âge, ménagé sa monture durant la campagne d’Iowa dans laquelle les candidats républicains et leurs groupes de soutien n’ont jamais autant dépensé: 12,5 millions de dollars.

Il espère secrètement durer le plus longtemps possible dans les primaires pour pouvoir influer sur la convention du mois d’août à Tampa. Et puis le Texan a peut-être un agenda caché. Son fils, Rand Paul, membre du Congrès pour le Kentucky, est venu faire l’éloge de son père. Et son père préparer son fils pour une autre présidentielle, celle de 2016.

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