« M. Liu Shao Chi a présenté samedi au 8e congrès du Parti communiste chinois les grandes lignes du second plan quinquennal qui doit poursuivre l’édification d’une «économie socialiste» dans la République populaire de Chine.

Ce plan donne à la Chine cinq tâches principales:

1) Poursuivre la construction d’une industrie lourde, qui doit être la base de l’industrialisation et de la socialisation du pays.

2) Parachever la transformation socialiste de la Chine, et consolider et étendre le système de propriété collective.

3) Développer l’industrie, l’agriculture et l’artisanat sur la base d’une construction socialiste et d’une réforme socialiste.

4) Entraîner des techniciens et renforcer la recherche scientifique dans une économie socialiste.

5) Développer l’agriculture et l’industrie de façon à élever le niveau de vie du peuple, matériellement et culturellement.

Ces objectifs méritent une lecture attentive. A plusieurs reprises, des observateurs occidentaux qui ont visité la Chine communiste se sont appesantis sur les différences qui séparent le régime de Pékin du régime soviétique. On trouve, à Shanghai, de «vrais banquiers», bourgeois et capitalistes. On trouve, dans la province, de vrais petits paysans, individualistes et traditionalistes. On trouve dans les villes de vrais intellectuels, curieux et indépendants. De là à conclure que la Chine éternelle est individualiste et que le communisme a dû renoncer à briser son âme, il n’y a qu’un pas, souvent trop vite franchi.

Bien sûr, il faut du temps, et les dirigeants communistes, qui ne sont pas des rêveurs, l’ont compris. M. Liu a déclaré que l’industrialisation du pays prendrait trois plans quinquennaux, ou peut-être davantage. Mais le mécanisme est en marche, systématique et irrésistible, bien décidé à broyer la structure traditionnelle du pays pour la remouler dans l’orthodoxie marxiste. […]

Que peut-on attendre des générations montantes, qui n’auront rien connu d’autre que l’enthousiasme prophylactique qui transforme les balayeurs de rue en «patrons» d’hôpital et le glapissement des haut-parleurs qui chantent en tous lieux les conquêtes du régime?

Cela ne veut pas dire qu’un jour, plus tard, la Chine ne retrouvera pas son visage de finesse et de réflexion, quand elle aura digéré le lyrisme des tracteurs, des barrages de béton et des aciéries et qu’elle aura assez du culte de la personnalité individuelle ou collective de ses dirigeants. Mais pour le moment, l’âme de la Chine est engagée impitoyablement sur la voie d’un long calvaire qui ne peut manquer de la défigurer. »