La Roumanie s'enfonce dans la crise politique. Jeudi, le président Traian Basescu a été suspendu de ses fonctions par le vote de trois quarts des parlementaires réunis en séance plénière. L'opposition sociale-démocrate, soutenue par le parti extrémiste de la Grande Roumanie, a profité du conflit qui opposait le président au premier ministre libéral Calin Tariceanu pour emporter sa première victoire depuis la défaite essuyée en 2004.

Mais la guerre est loin d'être gagnée. Après avoir annoncé qu'il démissionnerait «cinq minutes après le vote du parlement», le président Traian Basescu a changé d'avis et s'est rendu sur la place de l'Université à Bucarest, lieu mythique des manifestations anticommunistes, pour un bain de foule. «Rentrez chez vous dans le calme car je vous assure que je continuerai à être votre président, a-t-il lancé. Nous aurons assurément l'opportunité de nous rencontrer à nouveau lors d'un vote. Je vous assure qu'après mon retour aux commandes je continuerai à parler ouvertement et dire la vérité sur le gouvernement.»

Après avoir gagné l'élection présidentielle fin 2004, le président de centre droit Traian Basescu a appuyé la formation d'un gouvernement de coalition dont la colonne vertébrale était une alliance entre son Parti démocrate et le Parti libéral du premier ministre Calin Tariceanu. Deux ans après, les contentieux se sont accumulés entre les deux hommes, du projet d'élections anticipées soutenu par le président à la tentative de retirer le millier de soldats roumains envoyés par le président Traian Basescu en Irak. Mais ce sont surtout les remous provoqués par l'action de l'ANI (Agence nationale pour l'intégrité, chargée de lutter contre la corruption) qui ont envenimé la situation. Profitant de l'érosion électorale provoquée par ces différends, l'opposition sociale-démocrate s'est mise d'accord avec le parti extrémiste de la Grande Roumanie pour demander la destitution du président.

Chef d'Etat par intérim

Vendredi, alors que sa décision était attendue pour lundi, la Cour constitutionnelle a finalement annoncé avoir validé la suspension du président Traian Basescu. Les fonctions de chef d'Etat seront assumées par intérim par le chef du Sénat, le social-démocrate Nicolae Vacaroiu. Des élections législatives anticipées devront donc être organisées d'ici à trois mois.

Devenue membre de l'Union européenne au 1er janvier 2007, la Roumanie risque de se décrédibiliser au sein de la famille européenne. Trois mois et demi après son adhésion, le pays s'est enlisé dans la crise politique avant de mettre en place une stratégie nationale de développement à long terme pour absorber les 32 milliards d'euros que Bruxelles lui a octroyés jusqu'en 2013. La perspective européenne avait déjà dynamisé l'économie roumaine, qui a connu l'année dernière la plus grosse croissance en Europe (8%).

Cependant, l'actuelle crise politique risque non seulement de ternir la success story économique de la Roumanie, mais aussi de mettre un coup de frein aux réformes demandées par la Commission européenne.