Ségolène Royal est de retour. Bien décidée à «continuer, aujourd'hui et demain, à écrire avec vous l'Histoire de France», comme l'affirme la couverture de son dernier livre*. Intitulé Ma plus belle histoire, c'est vous, l'ouvrage qui sort ce mardi est un récit parfois cocasse de la campagne présidentielle autant qu'un manifeste politique. Son message est clair: malgré sa défaite le 6 mai dernier, Ségolène Royal rêve toujours de devenir présidente de la République.

Episodes ahurissants

Pour y parvenir, il faudra faire mieux, beaucoup mieux que la dernière fois. Car l'ex-candidate socialiste décrit des épisodes ahurissants sur les errements et les revirements de sa campagne. Ainsi, un mois avant le premier tour de l'élection, l'ancien premier ministre Michel Rocard la somme de se retirer: «Je suis le meilleur candidat, affirme-t-il. Il faut que tu te désistes en ma faveur. [...] Depuis des années, j'ai les sondages. C'est moi le plus populaire dans la durée, tu dois te retirer.»

Ségolène Royal aura d'autres preuves de la fatuité des responsables socialistes, et du peu d'estime qu'elle leur inspire. Lors du discours qui suit son investiture par le parti, elle les voit alignés devant elle, avec «juste une moue accrochée aux lèvres, des yeux qui regardent obstinément les chaussures, et des mains qui applaudissent du bout des ongles». Cette aversion pour sa personne finira par contaminer d'autres milieux, notamment les patrons de presse et «tout ce que le petit monde parisien compte d'hypocrites et de faux culs».

Juste avant le second tour, Ségolène Royal propose au centriste François Bayrou, le «troisième homme» de l'élection, de devenir son premier ministre si elle l'emporte. Finalement, le centriste se défile «comme un amoureux qui craint la panne», et laisse Ségolène Royal plantée devant chez lui, un soir, sans oser la recevoir. Le plus extraordinaire est que le Parti socialiste, qui avait décrit François Bayrou comme un dangereux homme de droite déguisé en humaniste, ignorait tout de cette initiative.

Le manque de coordination avec le PS n'est pas le seul péché confessé par Ségolène Royal. Les voyages mal organisés transforment ses déplacements à l'étranger en «cauchemar humain» pour les journalistes. Le tempo trop faible de ses interventions lui fait perdre «un 20 heures sur deux», face à une machine sarkozyste implacablement organisée.

«Paresse» intellectuelle

L'ex-candidate reconnaît aussi un manque de «doctrine [et de] pratiques cohérentes» dans son projet. Mais curieusement, elle ne consacre pas une phrase à l'absence de programme économique crédible chez les socialistes. Un économiste membre du parti, Pierre Larrouturou, vient justement de dénoncer la «paresse» intellectuelle du PS sur des questions comme le chômage, les retraites ou la fiscalité. Sept mois après l'élection présidentielle, Ségolène Royal et les siens ne semblent toujours pas avoir compris les causes profondes de leur défaite.

* Ma plus belle histoire, c'est vous, Ségolène Royal, Paris, Grasset, 2007.