Europe

Le Royaume-Uni capitule sur la facture du Brexit

En payant environ 50 milliards d’euros, Londres espère passer à la deuxième phase des négociations

En juillet, Boris Johnson jouait les fanfarons: le ministre des Affaires étrangères britannique déclarait que l’Union européenne pouvait «aller se brosser» (go whistle) si elle espérait que le Royaume-Uni paie une facture d’environ 50 milliards d’euros pour solde de tout compte sur le Brexit. En septembre, la première ministre, Theresa May, tentait de débloquer la situation, laissant entendre qu’elle était prête à payer 20 milliards d’euros. Finalement, ce mercredi, le Royaume-Uni a accepté de se plier presque intégralement aux exigences de Bruxelles, faisant une offre qui s’élève autour de 50 milliards d’euros.

Londres dans une impasse

La séquence qui vient de se jouer prend des allures de capitulation pour le gouvernement britannique. L’accord n’est pas tout à fait scellé. Les négociateurs européens passent au peigne fin l’offre des Britanniques – qui n’est pas chiffrée et sera honorée sur de longues années, mais qui détaille précisément ses obligations financières. Sauf grosse surprise, celle-ci devrait cependant être jugée suffisante.

Le revirement politique en dit long sur l’impasse dans laquelle se trouve Londres.

Juridiquement, le Brexit entrera en vigueur en mars 2019. Il y a désormais urgence à mettre en place un accord commercial régissant les relations entre les deux partenaires au-delà de cette date. Sinon, le Royaume-Uni risque de se retrouver hors de l’UE sans aucun accord, ce qui serait synonyme de violent choc économique.

Engagements budgétaires à honorer

Or, pour l’instant, les négociations sont bloquées à leur «phase 1», telle que définie par les Européens. L’UE a fixé trois sujets à régler en priorité: le sort des Européens vivant au Royaume-Uni (et des Britanniques vivant dans l’UE), la facture du divorce et la frontière irlandaise.

Le premier point est résolu depuis la rentrée. Le second était jusqu’à présent le principal contentieux. Les Européens réclament de l’argent à deux titres. D’abord, ils veulent que les Britanniques honorent les engagements qu’ils ont pris lors de la mise au point du budget européen pour la période 2014-2020. Bruxelles veut que le Royaume-Uni paie comme prévu pour les années 2019 et 2020, même s’il ne sera plus membre de l’UE. Theresa May a cédé sur ce sujet en septembre.

Mais les Européens souhaitent aussi que les Britanniques n’oublient pas de payer les retraites de leurs fonctionnaires européens, les engagements liés à la Banque européenne d’investissement, certains programmes de recherche… Au total, sur de longues années – des décennies dans certains cas –, la somme oscillera entre 40 et 60 milliards d’euros. C’est là-dessus que Londres vient de faire un geste.

La question irlandaise

Il reste maintenant la question irlandaise, très difficile. La République d’Irlande est très inquiète de voir le possible rétablissement d’une frontière, mémoire d’une période où les «troubles» nord-irlandais ensanglantaient la région. Les Britanniques répliquent qu’ils n’en ont absolument pas l’intention. Mais ils veulent dans le même temps pouvoir négocier leurs propres accords commerciaux avec le reste du monde. Dès lors, si les droits de douane ne sont pas les mêmes entre Dublin et Belfast, qui fera les vérifications des marchandises à la frontière? S’il n’y a pas de douanes, comment éviter de faire de la zone une porte ouverte à la contrebande?

Si les Britanniques ne précisent pas leur projet, le gouvernement irlandais menace de poser son veto au passage à la phase 2 des négociations. Londres réplique que c’est absurde puisque seule la définition du futur accord commercial permettra de déterminer précisément la façon dont la frontière sera organisée.

Jusqu’à présent, les Européens ont été très solidaires des Irlandais. Maintenant que l’argent est sur la table, le resteront-ils? La réponse sera connue la semaine prochaine. Lundi, Theresa May va rencontrer Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne. Ensuite, Michel Barnier, le négociateur européen, décidera si les progrès sont «suffisants» pour passer à la phase 2. S’il le fait, un sommet européen les 14 et 15 décembre devrait entériner sa position. Début 2018, les Britanniques pourraient alors enfin entamer les négociations qu’ils attendent tant.

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