Brexit

Au Royaume-Uni, la menace du «no deal» s’éloigne (un peu…)

La Chambre des Communes a rejeté l’option d’un départ sans accord. Mais une sortie «no deal» par accident, faute de solution alternative, reste possible. Cependant, un Brexit «doux» pourrait représenter un compromis

Theresa May va soumettre jeudi au vote des députés britanniques une motion proposant d'organiser d'ici le 20 mars un nouveau vote sur l'accord de divorce qu'elle a conclu avec l'Union européenne, a annoncé le gouvernement mercredi soir. S'il est adopté cette fois, la première ministre britannique demandera aux dirigeants européens un court report du Brexit, jusqu'au 30 juin. S'il est recalé à nouveau, alors le report devra aller au-delà du 30 juin et impliquera que le pays organise des élections européennes en mai, précise la motion. Une absence d'accord de divorce avec l'UE pourrait nécessiter un report de longue durée du Brexit, a encore averti la ministre britannique. «Une courte extension technique ne sera offerte que si nous avons un accord en place», a-t-elle dit. Sans accord, «une extension beaucoup plus longue» sera nécessaire tout comme la tenue d'élections européennes au Royaume-Uni.

Comme si rien ne s’était passé, la Chambre des communes a repris mercredi ses interminables discussions sur le Brexit. Il reste seize jours avant la sortie officielle de l’Union européenne, et les députés britanniques reprennent infiniment les mêmes arguments, divisés en autant de clans et de sous-clans. Après avoir rejeté une deuxième fois l’accord négocié par Theresa May mardi soir, les députés ont eu l’occasion de redire ce qu’ils ne voulaient pas mercredi soir, en refusant un Brexit sans accord.

Ils ont donc voté deux jours successifs contre l’accord et contre le non-accord. Rien en revanche n’est clair sur ce qu’ils souhaitent. Rory Stewart, ministre fidèle à Theresa May, qui soutient l’accord, est obligé de recourir à l’ironie du désespoir. «Nous devons enfermer ces gens dans une pièce jusqu’à ce qu’ils se mettent d’accord», lance-t-il sur la BBC. «Mais c’est votre responsabilité, vous faites partie du gouvernement», rétorque la journaliste. «Vous tombez bien, je suis ministre des prisons…»

La voix complètement cassée, Theresa May a dû rester silencieuse pendant le débat de ce mercredi, laissant son ministre Michael Gove défendre son action, accentuant l’impression d’impuissance politique de la première ministre britannique.

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Tout reste possible

Le brouillard reste donc complet. Même Charles Grant, le directeur du think tank Centre for European Reform, qui a ses entrées à Bruxelles et à Londres, résume le scénario ainsi: «Mon estimation des probabilités du Brexit est la suivante: l’accord de May: 5%; le «no deal»: 10%; un Brexit plus doux: 40%; une élection législative: 25%; un second référendum: 20%.» En clair, tout reste possible.

Néanmoins, de toutes ces probabilités se dégage une idée directrice: le Royaume-Uni semble s’éloigner d’une sortie de l’UE sans accord, qui serait chaotique. Les marchés financiers font la même analyse. La livre sterling a augmenté de 5% depuis le premier rejet de l’accord par la Chambre des communes le 15 janvier et a continué à progresser ce mercredi.

Une bouffée d’air?

Cet optimisme paradoxal se base sur le scénario suivant. Après le rejet du «no deal» ce mercredi, la Chambre des communes va voter jeudi pour un report de la date butoir du 29 mars. L’Union européenne devrait approuver ce délai lors d’un sommet à Bruxelles le 21 mars. A défaut de résoudre le problème, cela donnerait une bouffée d’air.

Ce scénario pourrait pourtant dérailler à de nombreux niveaux. En particulier, l’approbation de l’Union européenne, qui requiert l’unanimité des 27 pays membres, est loin d’être acquise. Bruxelles souhaite que Londres arrive avec un plan de rechange vraisemblable. «Les Vingt-Sept attendent une justification crédible d’une possible extension et de sa durée», explique un porte-parole de Donald Tusk, le président du Conseil européen. D’autant que les élections européennes du 23 mai constituent une nouvelle limite. Le Royaume-Uni ne veut surtout pas participer à ce scrutin, alors qu’il est sur le point de sortir de l’UE. A l’extrême limite, la date pourrait être reportée au 2 juillet, jour de la première séance plénière du nouveau Parlement européen.

De toute façon, à quoi serviront les quelques semaines ou mois supplémentaires? Voilà presque trois ans que le Royaume-Uni se déchire sans trouver de solution.

Un Brexit «doux»

Une hypothèse serait de trouver un compromis entre le Parti conservateur et le Parti travailliste, avec un Brexit doux. Des négociations ont déjà eu lieu ces deux derniers mois, mais elles n’ont guère avancé. D’un côté, Theresa May ne veut pas scinder en deux son parti en abandonnant l’aile dure des brexiters. De l’autre, Jeremy Corbyn, le leader de l’opposition, tente de profiter du chaos politique pour obtenir des élections anticipées et ne montre aucun enthousiasme pour faire des compromis. L’urgence de la situation pourrait-elle changer la donne?

L’idée d’un second référendum n’est pas non plus écartée. Néanmoins, les députés y sont majoritairement opposés à l’heure actuelle. Les brexiters, mais aussi une large partie des «remainers», estiment qu’il faut respecter le résultat du référendum de juin 2016. De plus, pour des raisons constitutionnelles, il faut six mois pour organiser une telle consultation populaire, ce qui mènerait bien au-delà des élections européennes.

Une autre motion de défiance?

Il reste le scénario d’élections anticipées. Mais Jeremy Corbyn a tenté une première fois de faire dissoudre l’assemblée via une motion de défiance et il a perdu, les députés conservateurs se rangeant derrière Theresa May. Rien n’indique que l’équilibre des forces ait changé.

Aucune solution ne s’impose. Si bien que Michel Barnier, le négociateur européen, estime que le risque d’un «no deal» «par accident» n’a «jamais été aussi élevé». Légalement, le Royaume-Uni va sortir du l’UE le 29 mars tant qu’une solution alternative n’a pas été trouvée.

A moins que Theresa May ne choisisse de revenir à l’attaque une troisième fois avec son accord. Certains prédisent qu’elle pourrait tenter l’aventure juste avant le 29 mars, peut-être si l’Union européenne refusait d’accorder un délai.

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