La police britannique a identifié vendredi un homme de 22 ans soupçonné d’avoir abattu cinq personnes jeudi soir, dont une fillette, avant de mettre fin à ses jours la veille à Plymouth (sud-ouest de l’Angleterre), dans la pire fusillade qu’a connu le Royaume-Uni en plus de dix ans. Selon les premiers éléments de l’enquête, Jake Davison est suspecté d’avoir tué, avec une arme décrite par des témoins comme étant un fusil à pompe, une femme de sa famille avant de sortir dans la rue, de tuer quatre autres personnes et d’en blesser deux autres. Il a retourné l’arme contre lui avant que la police, arrivée sur les lieux six minutes après avoir été appelée, n’ait pu intervenir, a précisé le chef de la police du Devon et des Cornouailles, Shaun Sawyer, lors d’une conférence de presse.

«Nous n’envisageons pas la piste terroriste ou de lien avec un groupe d’extrême droite», a-t-il précisé, disant privilégier la piste domestique. Une fillette de trois ans figure parmi les victimes, ainsi que deux femmes de 51 et 66 ans et deux hommes de 43 et 59 ans. Deux blessés sont soignés à l'hôpital mais leurs blessures ne sont pas considérées comme graves. Shaun Sawyer a précisé que l’auteur présumé de la fusillade de Plymouth détenait une licence de port d’arme et que seraient étudiés ses comptes sur les réseaux sociaux, où les médias britanniques ont glané des éléments suggérant des difficultés psychologiques.

Lien avec les milieux masculinistes

Sur un compte YouTube sous le nom Professor Waffle, supprimé dans la matinée, on voit le jeune homme se plaindre de ses difficultés à rencontrer des femmes et à perdre du poids, se décrire comme «gros» et «vierge» et faire de la musculation. «Je n’ai plus aucune volonté de faire quoi que ce soit», dit-il dans la dernière vidéo postée, regrettant d’être «toujours dans la même maison, la même situation, la même position». Avec ce compte, il a «aimé» des vidéos sur les armes à feu et suivait une chaîne sur la mouvance misogyne et masculiniste «Incel» (abréviation d’involontairement célibataire), à l’origine de violences aux États-Unis.

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Les forces de l’ordre et les services de secours s’étaient déployés en masse après avoir été appelés à 18h11 locales (19h11 en Suisse) dans une zone résidentielle de Plymouth, ville d’environ 262 000 habitants située dans le comté paisible du Devon et abritant la plus grande base navale d’Europe occidentale. Dans les médias locaux, des riverains ont dit avoir entendu de fortes détonations et des coups de feu avant l’arrivée de la police. Sharron, une témoin qui n’a accepté de révéler que son prénom à la BBC, a indiqué qu’elle avait entendu des cris, suivis de plusieurs coups de feu. «Le tireur a défoncé la porte d’une maison et a commencé à tirer», a-t-elle dit. «Il est sorti de la maison en continuant à tirer et a continué à tirer sur des gens dans la rue». Robert Pinkerton, un second témoin, a raconté à la chaîne de télévision britannique qu’il avait «tourné au coin de la rue» et qu’il était «tombé sur un type armé d’un fusil», habillé tout en noir.

Sur Twitter, la ministre de l’Intérieur Priti Patel a décrit des faits «choquants» tandis que le Premier ministre Boris Johnson a adressé ses pensées aux proches des victimes de cet «incident tragique».

Il s’agit de la fusillade la plus meurtrière dans le pays depuis 2010. Les tueries de masse restent rares au Royaume-Uni, où les policiers ne portent pour la plupart pas d’arme à feu. Le pays a adopté une législation sur le port d’armes parmi les plus strictes au monde à la suite de la fusillade de Dunblane en Écosse en 1996, lorsque 16 écoliers avaient été tués en quelques minutes.