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Dans les studios de RT France. La chaîne est accusée de faire du journalisme «de propagande».
© RT France

Médias

RT, la chaîne du Kremlin, débarque en France

Pour la présidente de RT France (ex-Russia Today), Xenia Fedorova, il s’agira d’une vraie chaîne francophone non politique et pas de la voix de la Russie. Mais à Paris, l’Elysée ouvre l’œil et le Conseil supérieur de l’audiovisuel surveille de près l’initiative. La chaîne s'intéresse également à la Suisse

Ce sera «avant Noël», assure Xenia Fedorova, la présidente et directrice de l’information de RT France (ex-Russia Today), la chaîne de télévision francophone qui doit commencer d’émettre depuis Paris avant la fin de l’année. Quelques réglages techniques sont encore nécessaires pour que RT France soit disponible sur Internet et directement sur l’écran de télévision des abonnés de l’opérateur Free. Des discussions sont encore en cours avec les autres opérateurs (Orange, SFR, Bouygues) et les promoteurs de RT espèrent un accord dans les premiers mois de 2018.

Lundi, la chaîne a diffusé une bande-annonce d’une minute où l’on voit tous ses animateurs vedettes dans différents pays tenter de dire quelque mots en français, puis la journaliste Stéphanie de Muru, qui a présenté pendant douze ans des journaux sur BFMTV, leader des chaînes d’info en France, annoncer le lancement prochain de RT France avec ce slogan: «Nous poserons les questions que personne n’ose poser.»

RT, qui va parler en français après l’anglais, l’espagnol et l’arabe et peut toucher (chiffres internes) 700 millions de personnes dans 100 pays, sent le soufre à Paris. Xenia Fedorova le sait mieux que quiconque et ne manque jamais de dénoncer le «RT bashing» qu’elle n’aurait «pas cru possible au pays de Voltaire»: le 29 mai 2017, elle s’est vue reprocher par Emmanuel Macron et devant Vladimir Poutine, excusez du peu, de faire du journalisme de «propagande».

«Organes de propagande mensongère», selon Macron

Lors d’une conférence de presse commune des présidents français et russe, dans le cadre idyllique du château de Versailles, Xenia Fedorova s’était indignée que son média n’ait pu couvrir normalement la campagne du candidat Macron. Le président Macron, sèchement, l’avait renvoyée dans les cordes: «La totalité des journalistes étrangers, y compris russes, ont eu accès à ma campagne», avait-il répondu, ajoutant avec son œil bleu acier le plus dur: «A cela, je ne céderai rien. Russia Today et Sputnik ne se sont pas comportées comme des organes de presse et des journalistes, mais comme des organes d’influence et de propagande mensongère, ni plus, ni moins.» Il faisait référence aux soupçons sur sa prétendue homosexualité qu'auraient relayés les deux canaux d’information – ce dont RT France se défend.

Fermez le ban. Depuis, la situation ne s’est pas améliorée. Les journalistes de RT France sont toujours interdits d’Elysée. Une seule exception: lors de la visite de Donald Trump à Paris, le 14 Juillet, ils ont eu droit à une accréditation, mais ce fut un bonheur sans lendemain. Pourtant, Xenia Fedorova n’en démord pas et met au défi le président français de trouver un seul exemple de désinformation ou de «fake news» sur son site internet, pendant et après la campagne électorale. Elle-même assure avoir «tout checké» et en être ressortie bredouille…

Un bail de neuf ans

RT France s’est installée dans 1800 mètres carrés de bureaux dans les immeubles Arcs de Seine de Boulogne-Billancourt, dans la proche banlieue de Paris. Signe d’optimisme, le bail a été signé pour neuf ans. TF1 est à deux pas, Canal +, la BBC, Hewlett Packard et Huawei guère plus loin. Deux studios sont en cours d’aménagement: un studio «news» de 100 mètres carrés et un plus petit pour les débats et talk-shows. La chaîne diffusera 24 heures sur 24, produira plus de 10 heures de direct par jour, avec un journal par heure et une alternance de 30 minutes de news avec huit présentateurs, et de 30 minutes de documentaires et de débats.

Parmi ces présentateurs, il y aura des journalistes expérimentés mais pas de vedettes de l’audiovisuel. La plupart des 50 journalistes (sur un total de 150 personnes) seront surtout des jeunes très motivés, heureux de tenter l’aventure. Officiellement, des grands noms ne sont pas venus car il fallait signer un contrat dans l’urgence. S’il y a bien eu des «conversations» avec l’essayiste Natacha Polony, de tendance souverainiste, il n’a jamais été question de la recruter, assure Xenia Fedorova.

Pour l’instant, seul le débat régulier prévu entre l’économiste souverainiste Jacques Sapir et le journaliste libéral Jean-Marc Sylvestre met des noms connus sur l’affiche. Jacques Sapir en est ravi: «Cette chaîne, confie-t-il, va apporter une dose de pluralisme dans le paysage audiovisuel, c’est pour cela que je l’ai soutenue dès le premier jour. Cela donnera aux téléspectateurs l’occasion d’entendre un autre point de vue que l’hystérie anti-russe ambiante, qui parfois confine au racisme.»

«Dire du mal de la Russie, c’est tendance»

Xenia Fedorova ne dit pas autre chose: «Dire du mal de la Russie, c’est tendance en France.» Dans un premier temps, le budget de 22 millions sera bouclé par l’Etat russe. Puis RT France espère faire rentrer des recettes publicitaires. Le tout sous une étroite surveillance du Conseil supérieur de l’audiovisuel: «Nous avons inscrit dans la convention de RT des stipulations particulières sur l’honnêteté de l’information», avait indiqué au Monde Olivier Schrameck, le président du CSA. Réponse de Xenia Fedorova: «Il n’y aura qu’à regarder la chaîne pour comprendre qu’il n’y a pas de problème.»

A entendre Xenia Fedorova, cette jeune femme de 36 ans qui manie remarquablement et en anglais la langue de bois, on va voir ce qu’on va voir en se postant devant RT France, qui présentera une ligne éditoriale différente de celle des «chaînes mainstream» que sont BFMTV, LCI ou CNews.

«Faire entendre d’autres voix»

«Le contenu sera distinct des médias classiques, explique-t-elle, car RT défend une perspective différente. Nous couvrirons les mêmes types de sujets mais nous ferons en sorte de rendre visibles toutes les opinions, toutes les voix, et pas une seule.» Elle veut par exemple que la parole des experts soit accompagnée de témoignages de ces fameux «gens normaux», qui font déjà les programmes de toutes les chaînes. Un exemple? «Sur une visite d’Emmanuel Macron en Afrique, nous apporterions des opinions différentes, des experts expliquant la situation, ce qui se passe réellement, pourquoi il y a telle ou telle réaction, ce qu’on en pense en Afrique également. La différence sera évidente: RT sera la chaîne qui fait entendre les voix qui sont laissées de côté par les médias classiques.»

On accuse sa chaîne d’être la voix de la Russie? «Nous allons faire une chaîne française, pas une chaîne russe, répond-elle sans se démonter. Les journalistes sont pour la plupart Français ou francophones. Mais nous serons une chaîne française avec une perspective différente, sans arrière-pensée politique, en particulier sur les sujets de politique intérieure.»

«Une perspective différente»

Elle ajoute toutefois: «Sur les sujets internationaux, nous permettrons à une opinion divergente de s’exprimer. Bien sûr, pour les sujets liés à la Russie, comme la Syrie, vous aurez la possibilité de comprendre pourquoi la Russie est impliquée. Cela ne veut pas dire que nous ne parlerons que de la Russie. RT apportera une perspective différente. Nous ne sommes pas tenus de respecter la même ligne éditoriale que tout le monde.»

Lire aussi: «Désinformation, l’offensive russe»

Xenia Fedorova renvoie l’ascenseur aux critiques: «Très souvent, sur les chaînes mainstream, on a pu voir que des sujets internationaux très importants étaient couverts d’une façon très biaisée, univoque.» Sur RT, promet-elle, «nous respecterons l’éthique journalistique» et il y aura même du «fact checking».

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