La rue maintient la pression sur Viktor Orban

Hongrie Malgré le retrait de la taxe Internet, les manifestants restent mobilisés

On connaissait déjà les journées mondiales de la santé, du chien ou des réfugiés. Voici que les Hongrois lancent la «Journée publique de la colère». Ils ont déferlé lundi par dizaines de milliers sur la place du parlement de Budapest. Chose rare, ils ont protesté aussi par milliers dans une quinzaine de villes de province ainsi qu’à Berlin, Londres, Amsterdam, Luxembourg.

«On était des moutons… jusqu’ici !» clamait une pancarte. Organisée de façon chaotique et festive par des mouvements civiques sur Facebook, c’est la quatrième manifestation en trois semaines depuis le projet de taxe sur Internet concocté par le gouvernement de droite populiste de Viktor Orban. Sous la pression des quelque 100 000 personnes qui ont défilé fin octobre, le gouvernement a depuis retiré le projet.

«Ras le bol d’Orban»

Mais la colère bout toujours. Andras Mizsur, blond souriant de 27 ans qui étudie la philo, est persuadé que le gouvernement «réintroduira cette taxe d’une manière détournée. Je ne manifestais jamais et pensais même à quitter le pays, mais la taxe a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Désormais on proteste contre ce régime qui démolit l’éducation, qui attaque les associations civiles. C’est fantastique d’être ici, il y a un réel sentiment d’euphorie.»

Pendant des heures, la foule a hurlé sa colère sur la place du parlement. Scandant en chœur : «On en a assez ! Démocratie !» Une étudiante déclame d’un ton rageur : «Ras le bol d’Orban, ras le bol de Gyurcsany [ndlr: l’ancien premier ministre socialiste], ras le bol du Parti socialiste…» Voter Fidesz, le parti d’Orban, c’est passer à la caisse, a écrit Viktoria G. sur sa pancarte. «Il ne s’agit plus seulement de protester contre la taxe ou la corruption, observe cette brune de 40 ans, assistante commerciale. Les gens veulent la démission du gouvernement, mais ils protestent aussi contre l’opposition, qui est nulle. Orban gagne élection après élection parce qu’il n’a personne de valable en face. On ne se sent plus représenté, c’est pour ça qu’on est dans la rue.»

L’opposition est un champ de ruines. Les socialistes ressemblent plus à un groupe d’affaires qu’à un parti politique. Son ex-leader, Ferenc Gyurcsany, qui a créé sa propre formation, sème la zizanie. Et ces deux courants de gauche ne se sont alliés au petit parti centriste Ensemble que pour mieux l’étouffer. Restent deux autres petits partis centristes qui ne font pas le poids.

«Europe, Europe !» crie Tamas Kovacs, technicien de 26 ans face au parlement. Sa colère est teintée de désespoir : «Je veux la démocratie. Et un peu de liberté. Juste un peu, pour pouvoir vivre sans cette bureaucratie. Les impôts que je paie ne rembourseront jamais l’argent que ce régime a volé.»