interview

«La rue ne pourra pas renverser le régime»

Spécialiste du Moyen-Orient et du monde arabe, Olivier Roy, directeur de recherche au CNRS, décrypte la situation iranienne

Le Temps: Que vous inspirent les événements d’Iran? Olivier Roy: Les élections ont manifestement été truquées. On assiste à un coup d’Etat rampant. Ce qui se passe aujourd’hui marque clairement l’éclatement du consensus à l’iranienne, où l’alternance était toujours possible selon des règles soigneusement définies.

- Comment analysez-vous l’attitude du guide suprême Ali Khamenei? - Le guide suprême a clairement choisi la rupture. L’arbitre a décidé de changer les règles du jeu estimant que le régime était fragile. Il a dû penser que le régime ne pouvait pas se permettre une seconde période Khatami (ndlr.: ex-président réformateur de la République islamique de 1997 à 2005).

- Les énormes manifestations qui secouent Téhéran ces jours peuvent-elles produire des effets tangibles? - Je ne crois pas que la rue puisse renverser le régime. Nous ne sommes pas dans une logique de spirale. Le régime reste stable, il tient les institutions et,en outre, l’opposition n’est pas structurée. Cela dit, le candidat perdant Mir Hossein Moussavi, qui est un cacique du régime, a appelé à descendre dans la rue. C’est inédit.

- Quelle est l’évolution possible de la situation? - Soit c’est l’escalade, soit le régime se replie sur les affaires intérieures et gèle les conflits externes. Dans le premier cas de figure, cela voudrait dire que le pouvoir n’aurait plus peur de dire qu’il a droit à la bombe atomique. Dans le second, il pourrait adopter un profil plus discret, se rendant compte qu’une attaque israélienne ne le renforcerait pas forcément.

- Comment les pays arabes observent-ils les troubles en Iran? - Cela les arrange, car ce qu’ils craignent le plus, c’est une normalisation entre les Etats-Unis et l’Iran, soit, en termes de stratégie, un retour à l’époque du shah.

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