Jérusalem-Est et la Cisjordanie occupée n’ont pas retrouvé le calme malgré le démantèlement par Israël des portails magnétiques placés le 14 juillet dernier aux entrées de l’esplanade des Mosquées, le troisième lieu saint de l’islam. En témoigne la nouvelle «journée de la colère» qui a débuté vendredi vers 12h20, heure locale, à la fin de la grande prière.

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«Par notre âme, par notre sang, nous défendons nos lieux saints», scandaient certains des fidèles qui priaient dans la rue parce que la police avait interdit l’accès de l’esplanade aux personnes âgées de moins de 50 ans. «Le Haram al-Sharif (l’esplanade des Mosquées) est nous», scandaient d’autres groupes.

Les Israéliens nous surveillent tout le temps et nous étouffent, c’est aussi pour cela que l’on explose

Les premiers incidents ont eu lieu dans le quartier arabe de Wadi Joz, mais également aux entrées de Bethléem, devant le point de passage de Kalandia qui coupe la route entre Ramallah et Jérusalem, à Hébron ainsi qu’à Naplouse. Plusieurs manifestants ont par ailleurs été blessés à Hawarah après l’enterrement d’un adolescent palestinien tué par l’armée israélienne durant les émeutes de la semaine écoulée. Un autre a été abattu alors qu’il tentait de poignarder des soldats de l’Etat hébreu devant l’entrée du bloc de colonies de Goush Katif (Cisjordanie occupée).

Selon le Croissant-Rouge palestinien, au moins 60 manifestants ont été blessés. Un autre a été tué par des soldats israéliens le long de la barrière de sécurité séparant l’Etat hébreu de la bande de Gaza où le Hamas avait également appelé à manifester.

Sur l’avenue Salah el-Din, la principale artère commerciale de Jérusalem-Est où toute circulation avait été interdite par la police israélienne, la plupart des commerçants avaient fermé leurs portes en prévision des émeutes de vendredi. Tous sauf Najib, le propriétaire d’un petit kiosque proposant des boissons fraîches aux touristes déboussolés par le cours des événements. «Bien sûr, nous avons remporté une victoire en obligeant Israël à retirer ses appareils électroniques du Haram al-Sharif, mais le problème est plus profond que cela», explique cet ancien plombier.

Plusieurs bataillons de l'armée et des milliers de policiers déployés

«Si tant de jeunes descendent et continueront à descendre dans la rue, c’est aussi parce qu’ils ne supportent plus l’occupation et le fait d’être contrôlés pour un oui ou pour un non.» Et d’ajouter: «Les Israéliens nous surveillent tout le temps et nous étouffent, c’est aussi pour cela que l’on explose.» Sympathisant de longue date du Fatah, Ahmad Djoulani n’est pas spécialement religieux mais il a tenu à venir sur le Haram al-Sharif par défi. «Pour dire aux Israéliens d’enlever leurs sales pattes de nos lieux saints», lâche-t-il. «Imaginez ce que vous feriez si quelqu’un occupait une partie de la Suisse et décidait de qui peut aller prier dans les églises et quand. Chez nous, ça fait cinquante ans que ça dure et ce n’est plus supportable.»

Face aux protestataires, la police avait déployé les grands moyens ce vendredi: des milliers d’effectifs en tenue de combat (casque, gilet pare-balles). Quant à Tsahal (l’armée), elle avait envoyé six bataillons supplémentaires en Cisjordanie pour protéger les points de passage avec l’Etat hébreu. Selon l’entourage de Benyamin Netanyahou, ce dispositif devrait rester en place jusqu’à ce que le calme soit revenu, et tout porte à croire que ce ne sera pas dans l’immédiat.