Poussé à bout par une opposition forte d'un soutien populaire sans précédent, le premier ministre libanais, Omar Karamé, a créé la surprise lundi soir en présentant sa démission. Il a annoncé sa décision à la reprise de la séance plénière du parlement à l'issue de laquelle il prévoyait de demander un vote de confiance. Ce vote lui semblait acquis, l'opposition étant minoritaire dans une Chambre dominée par les députés pro-syriens.

L'annonce a provoqué un tonnerre d'applaudissements dans les rangs des députés de l'opposition tandis qu'explosaient de joie les dizaines de milliers de manifestants réunis à quelques centaines de mètres du parlement, sur la place des Martyrs, au centre-ville de Beyrouth. Depuis le 14 février, date de l'attentat qui a coûté la vie à l'ancien premier ministre Rafic Hariri, ils réclament la démission du gouvernement. Lundi, ils avaient bravé l'interdiction de manifester et les barrages de l'armée pour se rassembler massivement près de la sépulture du «martyr» et réclamer avec force le retrait des troupes syriennes déployées au Liban. «Ton tour viendra Lahoud, le tien aussi Bachar», ont scandé les manifestants, en allusion aux présidents libanais Emile Lahoud et syrien Bachar al-Assad. Dans le reste de la capitale et dans la plupart des régions du pays, la nouvelle de la démission du gouvernement a été accueillie par des pétards et des concerts de klaxons.

Volonté du peuple

«Soumettez-vous à la volonté du peuple», avait lancé à Omar Karamé la sœur de Rafic Hariri, la députée Bhaia Hariri, qui était la première lundi matin à monter à la tribune du parlement. «Votre gouvernement est mort lors de l'assassinat de Rafic Hariri. Partez avant qu'il ne soit trop tard, avant que vous ne soyez balayés», avait, pour sa part, exhorté Marwan Hamadé, qui a échappé de justesse à un attentat en octobre dernier.

«C'est une victoire pour l'opposition», a commenté le chef druze de l'opposition, Walid Joumblatt, qui a appelé à la création d'un gouvernement neutre de transition chargé de préparer les élections législatives. Pour que celles-ci se tiennent au printemps comme prévu, la Constitution prévoit que la loi électorale soit adoptée avant le 17 mars, un délai particulièrement court.

Dès l'annonce de la démission d'Omar Karamé, certains se sont inquiétés de la possibilité de création d'un gouvernement militaire. Un tel «coup d'Etat», serait «une erreur fatale», a déclaré à une chaîne de télévision libanaise l'un des chefs de file de l'opposition anti-syrienne, le général Michel Aoun exilé à Paris.